Le Commando Jaubert
Le
commando Jaubert est paraît-il l'unité
élémentaire (équivalent compagnie) la plus décorée de France. Tous les
Commandos Marine portent la fourragère rouge car ils sont les héritiers de cette
valeureuse unité.
A Toulon en janvier 1945 est créé un e compagnie de reconnaissance. Elle participe au désengagement de la frontière Franco-italienne entre Nice et Menton. Début mai 1945, elle rejoint Arcachon, zone de stationnement des divisions coloniales des forces expéditionnaires françaises d'Extrème Orient où elle est intégré à la Brigade Marine d'Extrème Orient sous le commandement du capitaine de vaisseau Kilian.La compagnie prend alors le nom de compagnie Merlet, du nom de son chef.
Octobre 1945 la compagnie est en Indochine et participe aux opérations de l'ouest cochinchinois (Mytho, Vinhlong, Cantho). Dirigée ensuite sur le Tonkin, la compagnie devenue compagnie Jaubert en l'honneur du capitaine de frégate François Jaubert, grièvement blessé le 25 janvier 1946 à Tan Huyen (décédé le 29), est mise à terre la première sur le sol tonkinois le 6 mars 1946. C'est à sa tête que seront tués l'enseigne de vaisseau de Montfort, blessé le 24 novembre (décédé le 26) pendant les durs combats de Haîphong, et le lieutenant de vaisseau Saint John de Crèvecoeur le 23 octobre 1947 à Khe-Han-Bo.
Au
mois de novembre 1947, la compagnie devient commando Jaubert.
La date du 1er janvier 1948 marque la naissance administrative du commando Jaubert
note n° 43 Cdt/n° 2 S., il est ensuite rattaché à D.N.E.O. à partir du 01 juin
1948. De 1948 à l'armistice en Indochine (1954) le commando opère à partir du
cap Jacques effectuant des coups de mains en Cochinchine, dans le golfe du Siam,
sur les côtes d'Annam et au Tonkin. Le commando Jaubert
jusqu'à son rapatriement à la date du 31 mars 1956 en France, sera occupé par
des opérations de protection, de maintien de l'ordre et par de nombreux exercices
pour permettre de parfaire l'entraînement du personnel.
En juin 1956, le commando, intégré à la DBFM, participe aux opérations de maintien de l'ordre en Afrique du nord. En avril et mars 1959, le commando est détaché aux ordres du général commandant la zone sud oranais où il participe aux opérations de surveillance du barrage et est utilisé comme troupe d'intervention dans les actions menées pour anéantir les bandes qui tentent le passage.
En juin 1959, le commando rejoint le Groupement des Commandos Marine nouvellement formé (GROUCO) et participe à de nombreuses opérations dans l'atlas saharien. Le 26 octobre 1960, son commandant, le lieutenant de vaisseau Scheidhauer est tué en voulant changer de position face à un commando de rebelles. Suivent ensuite des opérations de maintien de l'ordre à Oran, des opérations dans les zones de Geryville, Djeinien, Descartes, Chanzy, Ben Alan et Ain el Orak. Et pour terminer il assure le maintien de l'ordre à Lartigues et Mers El Kébir en février 1962.
Le 6 juillet 1962, le commando Jaubert rentre en France après le cessez le feu et l'indépendance de l'Algérie, et s'établit à St Mandrier.
De cette période, le commando Jaubert qui, depuis sa création s'était toujours trouvé en zone opérationnelle, est titulaire de 4 citations à titre de commando, comme les deux autres commandos d'Indochine (François et de Montfort), mais l'unité a été citée 7 fois, dont 3 par filiation (1 citation sous le nom de compagnie Merlet qui deviendra compagnie Jaubert, cette dernière compagnie obtiendra 2 citations). Son fanion porte les fourragères de la légion d'honneur, de la médaille militaire, et de croix de guerre des TOE.
Depuis 1962, le commando Jaubert continue à participer à de nombreuses opérations. Il est maintenant basé à Lorient, et fait partie des forces spéciales. On citera parmi les plus connues ces dernières années : Oryx en Somalie ; Artimon et Iskoutir à Djibouti et en Mer Rouge; Balbuzard et Sharp Guard en Adriatique; Germon dans le golfe de Gascogne; Azalée aux Comores.
Depuis la réforme Commando 2001, le commando Jaubert est spécialisé dans le domaine de l'assaut/extraction. Cette dominante opérationnelle a pour conséquence de recentrer les activités opérationnelles et l'entraînement des escouades de combat autour d'un catalogue plus sélectif de missions (stupéfiant, clandestins, armes...). Le commando Jaubert a également intégré une escouade d'assaut spécialisé, l'ECMC (Escouade de Combat en Milieu Clos). Au même titre que le groupe B du Commando Hubert ou du Groupe d'Intervention de la Gendarmerie Nationale.
Du 5 janvier au 20 février 2002, un détachement de 30 hommes du commando Jaubert s'est entraîné à Doha et dans ses environs avec les forces spéciales qatariennes. Cet échange baptisé Shaheen et organisé dans le cadre de la coopération entre l'émirat et la France était essentiellement orienté vers le combat en milieu clos, pôle d'excellence du commando Jaubert.
Janvier-Mars
2002 - Opération Héraclès
Durant l'opération Héraclès, on comptera des éléments
des commandos de Montfort (janvier à
mars 2002) et Jaubert (décembre 2001
à février 2002) à bord des bâtiments français
de la Task
Force 473 assurant des missions de protection-défense.
![]() Le vraquier Winner est intercepté, dans les eaux internationales au large des côtes de l'Afrique occidentale. |
Juin
2002 - Saisie de drogue au large de l'Afrique
Deux avisos français, le Lieutenant
de vaisseau Le Hénaff et le Commandant
Bouan, deux avions de surveillance maritime Falcon
50M et Atlantique,
et une trentaine d'hommes du commando
Jaubert, ont participé à une opération de lutte contre le narcotrafic au
large des côtes africaines. Le vraquier Winner de 5000 tonnes,
battant pavillon cambodgien, est intercepté, dans les eaux internationales au
large des côtes de l'Afrique occidentale par l'aviso Lieutenant
de vaisseau Le Hénaff.
![]() Une trentaine d'hommes du commando Jaubert investissent le navire. |
Après s'être rapproché, l'aviso contacte par radio le suspect et lui intime l'ordre de se préparer à accueillir l'équipe de visite qu'il vient de mettre à l'eau. Devant son refus d'obtempérer, l'aviso a effectué un tir de semonce au canon de 100mm. Le Winner réagit en tentant d'éperonner une des embarcations de l'équipe de visite, puis l'aviso qui l'évite de justesse, alors que son équipage commence à jeter par dessus bord des caisses de la cargaison. L'aviso procède alors à des tirs au 20mm sur l'étrave du cargo, sur autorisation du premier ministre, Jean-Pierre Raffarin.
Les 30 commandos
de marine qui constituent l'équipe de visite embarquée à bord de l'aviso prennent
alors d'assaut le Winner en deux vagues successives. Les membres d'équipage
sont regroupés à la passerelle. Un des 12 membres d'équipage qui avait un «comportement
suspect», a été blessé à une jambe par des éclats. Il est pris en charge par
un médecin.
L'investigation complète de la cargaison n'étant pas possible en haute mer,
le Winner est escorté sous contrôle de la marine vers Brest. La saisie
a été précédée d'un important travail de renseignement, et la progression du
navire était suivie "d'heures en heures depuis plusieurs jours" par les services
français, américains, grecs et espagnols.
![]() Marquage serré de l'Esperanza (octobre 2004 - Photo FO Corman). |
Du 1er au 7 octobre 2003, les marines française et qatarienne se sont retrouvées pour l’exercice Jalibut. Outre le Courbet et son Panther, le patrouilleur qatari Al Udeid, un Mirage 2000 de l’armée de l’air qatarienne, une batterie côtière MM40, un Sea King et un détachement du commando Marine français Jaubert et Qatari NSU y ont pris part.
Un détachement du 16 hommes du Commando Jaubert embarque à Fort de France sur le Germinal (qui avait quitté Brest le 8 mars 2004), pour une mission aux Antilles de surveillance de l'immigration clandestine et du narco-traffic dans la zone.
Début octobre 2004, une opération, du nom de Neptune, est montée de manière à escorter 140 kg de plutonium militaire américain, en transit vers La Hague, pour retraitement. Le plutonium doit être débarqué à Cherbourg à partir de navires civils spécialement conçus pour ce type de transport. Les écologistes de Greenpeace entendent perturber le bon déroulement de cette opération. Une flottille de navire de Greenpeace se positionne à proximité de la rade, avec à leur tête l'Esperanza. Plusieurs unités de la Marine sont dépêchés sur place, dont la frégate Latouche Tréville, et un Super-Frelon de la 32F. Le 3 octobre 2004, un voilier appartenant à la flottille de Greenpeace, et skippé par le célèbre navigateur Eugène Riguidel, est intercepté les hommes du Commando Jaubert. Il venait d'entrer dans la zone de la rade de Cherbourg interdite à la navigation.
Le centre d'entraînement spécialisé pour l'assaut
en mer (CESAM) a été inauguré le 20 septembre à
la pointe de l'Espérance sur la base des fusiliers-marins et commandos
de Lorient. L'inauguration a été suivie d'une démonstration
dynamique réalisée par des éléments du commando
Trépel.
Le Cesam offre aux commandos les moyens d'entraîner leurs équipes
les plus spécialisées au sein de l'environnement très spécifique
d'un navire. Dans les années 90, les commandos marine utilisaient des
bâtiments désarmés servant de brise-lames, et y aménageaient
des parcours de tirs, mais cette méthodologie ne pouvaient plus être
appliquée à terme pour des raison de sécurité.
L'idée d'utiliser la coque en CVR du prototype du BAMO (Bâtiment
Anti-Mines Océanique), mouillée au fond du Scorff depuis 1988
a alors fait son chemin. Des études ont été menées
à partir de 2001 par la division logistique de la Forfusco et le Service
Soutien de la Flotte. Les travaux d'adaptation, pour un montant de 1,5 millions
d'euros ont consisté à :
- modifier cloisons, brèches, panneaux de pont, escaliers, échelles
pour adapter le bâtiment aux contraintes opérationnelles ;
- mettre en place des réseaux électriques de ventilation, de diffusion
générales, de lutte contre l'incendie ;
- peindre les locaux et traiter les sols (anti-dérapant) ;
- mettre en conformité les installations par rapport aux normes sécurité
et santé au travail.
Une dernière tranche de travaux permettra d'intégrer un réseau
video favorisant l'analyse immédiate des différentes phases d'entraînement.
(Sources : Texte d'André Mispelaere jusqu'en 1962, Jean Michel Roche à partir de 1962 - Cols Bleus, Le Lien, brèves site MN , Le Télégramme - photos MN)