Histoire du BPC Tonnerre (2000 - 2006)
![]() Une organisation industrielle complexe : DCN construit la partie arrière des BPC à Brest, et les Chantiers de l’Atlantique la partie avant à Saint Nazaire. Thales est également partie prenante pour les radars et les systèmes de communications. |
Le ministre de la Défense donne, le 8 décembre 2000, son feu vert pour la construction de deux nouveaux navires Mistral et Tonnerre à 3,5 milliards l'unité. La Direction de la Construction navale (DCN) est maître d'oeuvre du programme qui sera réalisé en collaboration avec les Chantiers de l'Atlantique (Alstom Marine), à Saint-Nazaire. L'accord final entre DCN et les Chantiers de l'Atlantique est signé quelques semaines plus tard. Un accord à l'arraché ! Si DCN reste maître d'oeuvre du chantier, Alstom est responsable du design du navire.
DCN assurera 55 % du chantier en temps de travail (2,5 millions d'heures, pour une moyenne de 450 personnes) et 60 % en valeur. Ce chantier de cinq ans représente une grosse bouffée d'oxygène pour DCN-Brest dont le plan de charge depuis la fin des constructions du Charles de Gaulle et des plates-formes pétrolières SFX est resté bien modeste.
Le programme "Nouveau transport de chalands de débarquement" (NTCD), dont la réalisation est notifiée à l'industrie le 22 décembre (signature du contrat interne DGA / DCN) sera révolutionnaire à plus d'un titre. En effet, si les budgets suivent comme prévu, le délai de réalisation de chaque bâtiment sera seulement de trente-quatre mois, contre 46,5 mois pour le Siroco, dernier TCD en date construit à Brest.
C'est aussi fin décembre que la Marine nationale décide de changer l'appellation des navires. Leur silhouette rappellant davantage celle des porte-hélicoptères alliés désignés par landing helicopter dock (LHD). Les NTCD deviennent alors des "Porte-hélicoptères d'intervention" (PHI).
2001 : Le projet se précise - DCN soustraite une partie des blocs en Pologne
L'appellation PHI ne tiendra pas bien longtemps. Décidemment, on se sait pas comment les appeler ces étranges bateaux ! Début 2001, les PHI deviennent "Bâtiments de Projection et de Commandement" (BPC).
![]() Un énorme portique est mis en place au dessus du bassin 9 à Brest pour assurer la manutention des blocs. |
C'est aussi une année morose pour les BPC, qui voit leur construction retardée, entre autre pour des problèmes administratifs liés à l'application du nouveau code des marchés publics. L'avis favorable de la commission spécialisée des marchés arrive enfin le 13 juillet. Le contrat d’études et de réalisation de la partie avant peut alors être notifié le 30 juillet, par DCN aux Chantiers de l’Atlantique à Saint-Nazaire.
Des équipes communes DCN/Alstom sont formées, et le démarrage du plateau de conception DCN-CA à Saint-Nazaire a lieu le 3 septembre. C'est décidé, DCN construira la partie arrière des BPC et les Chantiers de l’Atlantique la partie avant. L'assemblage des deux parties se fera au bassin n°9 à Brest.
Le 27 septembre, une revue de lancement des études de conception a lieu entre le SPN (Service des Programmes Navals) et DCN. Des cycles de réunions de travail entre l'état-major de la Marine, la Direction Générale de l'Armement, DCN et les Chantiers de l'Atlantique sur la définition générale du projet (plan d’ensemble), se poursuivent jusqu’au 20 décembre 2001.
C'est en décembre que l'on apprend que trois blocs de chaque bateau, ainsi que des panneaux-plans, seront sous-traité par DCN au chantier Stocznia Remontowa de Gdansk (Pologne) et une de ses filiales.
Emoi chez les syndicats qui y voient une forme de délocalisation. La direction de DCN fait pourtant remarquer que la sous-traitance polonaise, qui correspond à un peu moins de la moitié de ce que réalise DCN en tonnage de coque, représente seulement près de 3 % du prix du navire.
![]() Des blocs sont sous-traités au chantier Stocznia Remontowa de Gdansk (Pologne), puis remorqué par barge jusqu'à Brest. |
2002 : Phase d'industrialisation
Les caractéristiques militaires des bâtiments sont maintenant définies dans les grandes lignes. L’objectif de la Marine est une disponibilité de 95%, soit 350 jours par an. Pour ce faire, on envisage de doubler les équipages des deux futurs bâtiments de projection de commandement à l’instar de ceux des sous-marins nucléaires.
La découpe de la première tôle du Mistral a lieu à Brest le 9 juillet. La phase d'industrialisation des bâtiments Mistral et Tonnerre débute peu après. Les BPC sont les premiers navires de la Marine à être classifié par un organisme de vérification, le Bureau Veritas qui surveille l'assemblage du bateau au fur et à mesure du chantier. Les Chantiers de l'Atlantique ont eux-mêmes la responsabilité de quinze blocs, correspondant à l'avant.
![]() Arrivé du bloc avant à Brest (mai 2005). |
2003 : Mise sur cale des BPC
Le premier élément de la partie arrière du Mistral est posé au bassin à Brest le 10 juillet 2003, et peu après, le premier bloc de la coque arrière du Tonnerre est mis en cale le 26 août 2003. Les deux parties arrières des bâtiments sont construit face à face dans le même bassin. La difficulté est de coordonner les mouvements des 32 blocs de chaque navire. C'est un véritable jeu de taquin pour optimiser la surface de travail. Il faut tout gérer en flux tendu pour tenir les délais.
2004 : DCN et Alstom mettent le turbo
La mise sur cale du premier bloc de la partie avant Tonnerre a lieu le 5 mai à Saint-Nazaire, alors que celle du Mistral a été mise à flot le 23 janvier 2004.
Les deux BPC (Bâtiments de projection et de commandement), en cours de construction, sont suivis de près, avec d'ailleurs, depuis septembre, un plateau ingénierie, de 35 à 40 personnes, installé au chantier N. de Saint-Nazaire sous la direction de Jean Philippe, architecte d'ensemble BPC.
A Brest aussi, les constructions du Mistral (BPC 1) et du Tonnerre (BPC 2) se font en parallèle. Les deux parties arrières des BPC sont placées l'une face à l'autre dans le bassin 9. Un ascenceur placé entre les deux parties arrière permet aux ouvriers du chantier d'accéder rapidement aux bâtiments.
![]() La pluie n'arrête pas les Bretons ! Mise à flot du Bâtiment de Projection et de Commandement Tonnerre à Brest (26 juillet 2005). |
2005 : Premiers essais
Remorquée depuis Saint-Nazaire, où elle a été construite par les Chantiers de l'Atlantique, la partie avant du Tonnerre arrive à la base navale de Brest le 2 mai. Sa jonction à la partie arrière se déroule peu de temps après dans le bassin n° 9. Les deux parties ont été soudées le 25 mai durant une séance marathon de douze heures soumises à de nombreuses contraintes techniques.
Le 26 juillet 2005, sous une pluie battante, le Tonnerre a quitté le bassin n° 9, et a glissé sur les eaux de la rade, aidé par quatre remorqueurs et deux pousseurs. Certains relativisaient : « Sortie pluvieuse, vie heureuse. » D'autres étaient plus nostalgiques : « C'est sans doute le dernier navire qu'on voit sortir de bassin avant bien longtemps. DCN Brest va retrouver son rôle traditionnel de garagiste de la marine. »
![]() Au coté de la coque de l'ex Clemenceau à quai à Brest (20 mai 2006). |
Les derniers travaux se poursuivent à l'arsenal au mois de septembre. Le Tonnerre devrait effectuer, en principe dans le courant du mois d'octobre, des essais de propulsion sur coffre.
Le
17 novembre 2005, le
capitaine
de vaisseau Philippe Hello prend le commandement du bâtiment.
Le Tonnerre quitte Brest le 13 décembre pour sa première sortie en mer. Ces essais sont principalement axés sur la propulsion et le système de navigation. Cette première campagne porte, aussi, sur la validation de la plateforme et des spots d’appontage pour hélicoptères.
2006 : Livraison retardée suite à des problèmes de linoléum
Alors que son sistership, le Mistral, accuse un retard de plusieurs mois suite à des difficultés de mise au point du système de combat, le Tonnerre peut bénéficier de l'expérience de son aîné. La construction des deux bâtiments n'est plus séparée que de deux à trois mois.
![]() A quai à Brest (mai 2006). |
Alors qu'il était prévu initialement de faire rallier le Tonnerre à Toulon au mois de juin, les marins devront patienter encore quelques temps, suite à des travaux de réfection sur une partie des revêtements de sols des locaux d'habitation. Une expertise a déterminé qu'un mauvais séchage du ciment d'agréage, avant la pose des linoléum, avait entraîné une dégradation prématurée. La réception du bâtiment par le Service des Programmes Navals de la DGA a été ajournée.
La réfection des sols devait durer, selon les estimations d'Aker Yards et DCN, entre 12 et 18 semaines. Les travaux commencent le 10 juillet. Malgré un rythme en 3/8 et la poursuite du travail les jours fériés, les réparations prennent du temps, à la fois en raison de la nature du chantier, mais également à cause des vérifications systématiques qu'opèrent la DGA/SPN, dès qu'une couche de béton est posée.
(Texte Jean-Michel Roche pour Net-Marine © 2007. Copie et usage : cf. droits d'utilisation - Sources : Communiqués de presse Marine nationale, DGA, DCN, CESM, Cols bleus, Sites officiels MN/DGA/DCN, Mer & Marine, Le Télégramme, Var-Matin, Le Monde, Libération, AFP, Reuters, Mer & Marine)