Histoire du BPC Mistral (2000 - 2006)


Une organisation industrielle complexe : DCN construit la partie arrière des BPC à Brest, et les Chantiers de l’Atlantique la partie avant à Saint Nazaire. Thales est également partie prenante pour les radars et les systèmes de communications.
2000 - Des navires prometteurs

Le ministre de la Défense donne, le 8 décembre 2000, son feu vert pour la construction de deux nouveaux navires Mistral et Tonnerre à 3,5 milliards l'unité. La Direction de la Construction navale (DCN) est maître d'oeuvre du programme qui sera réalisé en collaboration avec les Chantiers de l'Atlantique (Alstom Marine), à Saint-Nazaire. L'accord final entre DCN et les Chantiers de l'Atlantique est signé quelques semaines plus tard. Un accord à l'arraché ! Si DCN reste maître d'oeuvre du chantier, Alstom est responsable du design du navire.

DCN assurera 55 % du chantier en temps de travail (2,5 millions d'heures, pour une moyenne de 450 personnes) et 60 % en valeur. Ce chantier de cinq ans représente une grosse bouffée d'oxygène pour DCN-Brest dont le plan de charge depuis la fin des constructions du Charles de Gaulle et des plates-formes pétrolières SFX est resté bien modeste.

Le programme "Nouveau transport de chalands de débarquement" (NTCD), dont la réalisation est notifiée à l'industrie le 22 décembre (signature du contrat interne DGA / DCN) sera révolutionnaire à plus d'un titre. En effet, si les budgets suivent comme prévu, le délai de réalisation de chaque bâtiment sera seulement de trente-quatre mois, contre 46,5 mois pour le Siroco, dernier TCD en date construit à Brest.

C'est aussi fin décembre que la Marine nationale décide de changer l'appellation des navires. Leur silhouette rappellant davantage celle des porte-hélicoptères alliés désignés par landing helicopter dock (LHD). Les NTCD deviennent alors des "Porte-hélicoptères d'intervention" (PHI).

2001 - Le projet se précise - DCN soustraite une partie des blocs en Pologne


Un énorme portique est mis en place au dessus du bassin 9 à Brest pour assurer la manutention des blocs.

L'appellation PHI ne tiendra pas bien longtemps. Décidemment, on se sait pas comment les appeler ces étranges bateaux ! Début 2001, les PHI deviennent « Bâtiments de Projection et de Commandement » (BPC).

C'est aussi une année morose pour les BPC, qui voit leur construction retardée, entre autre pour des problèmes administratifs liés à l'application du nouveau code des marchés publics.

L'avis favorable de la commission spécialisée des marchés arrive enfin le 13 juillet. Le contrat d’études et de réalisation de la partie avant peut alors être notifié le 30 juillet, par DCN aux Chantiers de l’Atlantique à Saint-Nazaire.

Des équipes communes DCN/Alstom sont formées, et le démarrage du plateau de conception DCN-CA à Saint-Nazaire a lieu le 3 septembre. C'est décidé, DCN construira la partie arrière des BPC et les Chantiers de l’Atlantique la partie avant. L'assemblage des deux parties se fera au bassin n°9 à Brest.

Le 27 septembre, une revue de lancement des études de conception a lieu entre le SPN (Service des Programmes Navals) et DCN. Des cycles de réunions de travail entre l'état-major de la Marine, la Direction Générale de l'Armement, DCN et les Chantiers de l'Atlantique sur la définition générale du projet (plan d’ensemble), se poursuivent jusqu’au 20 décembre 2001.

C'est en décembre que l'on apprend que trois blocs de chaque bateau, ainsi que des panneaux-plans, seront sous-traité par DCN au chantier Stocznia Remontowa de Gdansk (Pologne) et une de ses filiales.


Des blocs sont sous-traités au chantier
Stocznia Remontowa de Gdansk (Pologne), puis remorqué par barge jusqu'à Brest.
Emoi chez les syndicats qui y voient une forme de délocalisation. La direction de DCN fait pourtant remarquer que la sous-traitance polonaise, qui correspond à un peu moins de la moitié de ce que réalise DCN en tonnage de coque, représente seulement près de 3 % du prix du navire.

Les éléments produits en Pologne sont moins techniques, comportant des soutes à gas-oil ou des tanks de ballast. D'autres blocs plus compliqués seront construits à Brest, comme le numéro un sur lequel sont fixés les « pods » de propulsion, ou le six qui comporte des soutes à munitions. Une clause stipule que des ouvriers polonais doivent être présents sur le chantier brestois lors de l'assemblage des blocs arrière. Au total, ce n'est pas 3 blocs mais 12 sur les 17 blocs, que DCN soustraitera en Pologne.

2002 - Découpe de la première tôle - Le Havre, ville marraine ?

Les caractéristiques militaires des bâtiments sont maintenant définies dans les grandes lignes. L’objectif de la Marine est une disponibilité de 95%, soit 350 jours par an. Pour ce faire, on envisage de doubler les équipages des deux futurs bâtiments de projection de commandement à l’instar de ceux des sous-marins nucléaires.


En cours de montage sur la ligne d'attinage du bassin n°9 de l'arsenal de Brest (septembre 2003).

En avril, la ville du Havre fait les premières démarches pour devenir marraine du Mistral. Le Havre veut s'inscrire dans la tradition des villes marraines qui soutiennent un bateau de guerre.

La découpe de la première tôle du Mistral a lieu à Brest le 9 juillet. La cérémonie officielle qui devait avoir lieu est cependant annulée. La direction de DCN craignant que les syndicats, CGT en tête, en profitent pour en perturber le bon déroulement. La phase d'industrialisation des bâtiments Mistral et Tonnerre débute peu après. Les BPC sont les premiers navires de la Marine à être classifié par un organisme de vérification, le Bureau Veritas qui surveille l'assemblage du bateau au fur et à mesure du chantier.

2003 - Mise sur cale, DCN et Alstom mettent le turbo

De leur coté, les Chantiers de l'Atlantique, à Saint-Nazaire, découpent la première tôle de la partie avant le 28 janvier 2003. Les Chantiers de l'Atlantique ont eux-mêmes la responsabilité de quinze blocs, correspondant à l'avant.

En mai à Brest, le bloc numéro 4 du Mistral est le premier à être assemblé : Il pèse environ 340 tonnes et mesure 28 m de large sur 15 de long. C'est à partir de cette date que l'imposante barge Mulos, tractée par le remorqueur allemand Steinbock, va faire d'incessants allers-retours entre Gdansk et Brest pour ramèner des éléments qui rejoignent le puzzle géant en cours de montage sur la ligne d'« attinage » du bassin neuf de l'arsenal.

Le premier élément de la partie arrière du Mistral est posé au bassin à Brest le 10 juillet 2003, et peu après, le premier bloc de la coque arrière du Tonnerre est mis en cale le 26 août 2003 (il s'agit du bloc maître qui servira de référence pour le montage de la partie arrière du navire). Les deux parties arrières des bâtiments sont construit face à face dans le même bassin. La difficulté est de coordonner les mouvements des 32 blocs de chaque navire. C'est un véritable jeu de taquin pour optimiser la surface de travail. Il faut tout gérer en flux tendu pour tenir les délais.


La partie avant du Mistral, à flot à Saint Nazaire (février 2003).
Le 13 octobre, cette fois c'est à Saint Nazaire que le premier bloc (441 tonnes) de la partie avant du Mistral est posé aux Chantiers de l'Atlantique, en présence d'officiels des Chantiers, de la DCN et de la Marine nationale.

2004 - Mise à flot et assemblage

La mise à flot de la partie avant du Mistral a lieu le 23 janvier 2004 à Saint-Nazaire, en présence de Pierre Lamoulen, Directeur des Services des Programmes Navals de la Délégation Générale pour l'Armement, et Patrick Boissier, Président d'Alstom Marine et de représentants de la Marine nationale et de DCN.

Les deux BPC (Bâtiments de projection et de commandement), en cours de construction, sont suivis de près, avec d'ailleurs, depuis septembre dernier, un plateau ingénierie, de 35 à 40 personnes, installé au chantier N. de Saint-Nazaire sous la direction de Jean Philippe, architecte d'ensemble BPC.

A Brest aussi, les constructions du Mistral (BPC 1) et du Tonnerre (BPC 2) se font en parallèle. Les deux parties arrières des BPC sont placées l'une face à l'autre dans le bassin 9. Un ascenceur placé entre les deux parties arrière permet aux ouvriers du chantier d'accéder rapidement aux bâtiments. En avril 2004, neuf mois après la pose du premier bloc, la coque de la partie arrière est achevée.


Arrivé du bloc avant à Brest (19 juillet 2004).

Le 15 juillet, à Saint-Nazaire, DCN a pris possession de la partie avant du BPC Mistral construite par Alstom-Chantiers de l’Atlantique. Lors d’une brève cérémonie, M. Patrick Boissier, PDG d’Alstom Marine, remet solennellement la partie avant du Mistral à Bernard Lucas, directeur de DCN-Navire et Systèmes, en présence de l’IGA Labrande, directeur du SPN, et du CV Antoine, chef du bureau programmes bâtiments de surface de l’EMM.

La partie avant du Mistral quitte St-Nazaire le matin du 17 juillet, tirée par un remorqueur, et prend la direction de Brest pour y accoster le 19 juillet. Dans la matinée, DCN avait fait de la place au sein du bassin 9, où se trouvaient à la fois l'arrière du Mistral et l'arrière du Tonnerre. Cette partie est amenée au bassin 8, habituellement réservé aux sous-marins nucléaires lanceurs d'engins.

La jonction des deux parties se fait en deux étapes. Celle entre le pont et la coque doit prendre trois semaines; celle qui concerne tous les ponts et les cloisons est prévue sur neuf. Les câbles et tuyauterie sont raccordés également. Il reste ensuite à finir l'armement de la partie arrière, actuellement réalisé à 80 %. La partie avant est, elle, quasi terminée. La totalité de l'ensemble des soudures de jonctions est terminée pour septembre 2004.

Le ministre australien de la Défense, Robert Hill, se dit « très intéressé » par l’acquisition des plans du Mistral et le transfert de technologies, pour réaliser un sister ship. Pour preuve, le 30 septembre, l'Australie signe avec Armaris (une filliale de DCN et Thales) un contrat d'étude pour la faisabilité de la construction de deux BPC en Australie. On se souvient qu'un pétrolier-ravitailleur (HMAS Success) avait été construit sur le modèle de nos PR Durance en Australie. La France est en concurrence avec le chantier espagnol Izar dans cette affaire... (NDRL : En juin 2007, ce sera finalement le chantier espagnol qui sera choisi. Il est vrai que la concurence était un peu biaisée dans le sens où Navantia - ex-Izar - proposait un package comprenant "frégates type F100 + BPC" qui convenait plus aux australiens).

La cérémonie de mise à flot du Mistral a lieu le 6 octobre 2004. Aidé par quatre remorqueurs et deux pousseurs, le BPC s'élance pour la première fois dans la rade de Brest. Sans fausse note.


Lancement du BPC à Brest (6 octobre 2004)

Lancement du BPC à Brest (6 octobre 2004)


Au mouillage à Brest (12 février 2005).
Le vice-amiral Alain Dumontet, commandant la FAN, est enthousiaste. Tout l'"état-major" de DCN est présent, mais également Patrick Boissier, président d'Alstom marine (Chantiers de l'Atlantique). Ce dernier souhaite montrer qu'il n'est pas là en simple co-traitant, mais tente de "marquer des points" dans la perspective de futurs contrats, tel le programme du futur porte-avions. Les deux BPC en construction (Mistral et Tonnerre) représentent à eux deux un coût de 560 millions d'euros, hors certains équipements fournis par la Marine. En comparaison, le BPC Ocean de la Royal Navy aurait coûté 50% de plus que le Mistral.

2005 - Essais et retard dans la mise au point du système de combat

Amarré au quai d'armement de l'arsenal de Brest, le Mistral poursuit ses travaux de finition et d'aménagements intérieurs. Le 28 janvier, il quitte le quai d'armement pour un mouillage sur coffre en en rade abri, pour y effectuer des essais d'équipements et de matériels. Une première mise en fonction des PODs a eu lieu le 31 janvier 2005. Du 12 au 16 février 2005, le bâtiment devait embarquer au port de commerce pour l'essais contractuel d'embarquement d'un Groupement Interarmées Embarqué (450 hommes de troupe et leur matériels, 60 véhicules projettables de différents types. Les essais seront toutefois repoussés suite à des conditions météorologiques défavorables.

Le Mistral reçoit le 8 février ses premiers hélicoptères sur le pont d’envol. Ainsi à 10h10, un Lynx de la 34F a apponté au spot 5, suivi à 10h30 par un Cougar de l’armée de Terre. Celui-ci a participé aux essais contractuels d’alimentation électrique. Ces exercices sont les premiers d’une longue série qui permettront de valider la plateforme et les interfaces pour les différents modèles d’hélicoptères qui armeront le bâtiment ou seront susceptibles d’y apponter.


Prise de commandement du CV Jubelin
(4 mars 2005 - Photo Marine nationale - Alain Monot).

Du 17 au 21 février 2005 le Mistral retrouve le bassin 9 qui l'a vu naître, pour une expérience de stabilité et le nettoyage de sa carène.

Le 4 mars 2005, le commandant de la Force d'action navale, le vice-amiral d'escadre Alain Dumontet est venu à Brest faire reconnaître le capitaine de vaisseauFrédéric Jubelin comme commandant du bâtiment de projection et de commandement Mistral.

Le CV Jubelin est entré à l'Ecole navale en 1979, il a successivement été affecté sur le patrouilleur Canopus aux Antilles, puis sur la vedette Aramis à Bayonne, avant d'occuper des fonctions à bord de la frégate Georges-Leygues. Après avoir été professeur au CIN de Saint-Mandrier, il rejoint, en 1990, les services de l'Etat-major à Paris. Il prend ensuite le commandement du Batral La Grandière avant de rejoindre le collège interarmées de Défense. Nommé, en 1995, chef du groupement opérations sur le Jean-Bart, il prend part au conflit en ex-Yougoslavie, puis revient au CIN de Saint-Mandrier en qualité de chef du département systèmes de combat. Il commande alors, pendant deux ans, le TCD Ouragan et il est affecté comme attaché naval à l'ambassade à Rome ainsi qu'attaché de défense non résident à Malte. Il a rallié Brest depuis septembre dernier et, après avoir suivi la fin de la construction du navire, il est chargé d'assurer la conduite des essais en mer.

Le BPC Mistral a effectué sa première sortie en mer le 21 mars 2005. Cette sortie marque le début d'une campagne d'essais ayant pour but de vérifier les performances du navire. Elle permet également à l'équipage de la Marine de prendre en main le navire. Cette campagne de plusieurs mois aboutira à l'été avec la réception du Mistral et son transfert vers le port de Toulon.


Au bassin du port de commerce de Brest (2 septembre 2005).
Le 5 avril 2005, plus de 450 militaires de différents corps de l'armée de Terre, auxquels se joignent des élèves de l'École de maistrance, embarquent à bord à l'occasion d'essais en charge. L'opération la plus spectaculaire est l'embarquement des 55 engins, camions de matériel, tractopelle du génie, chars de reconnaissance, et véhicules blindés qui prennent place dans les ponts du navire.

Du 1er au 9 septembre 2005, le Mistral est dans la forme numéro deux du port de commerce. Ce passage en bassin est l'occasion d'effectuer un nettoyage de la carène et des petits travaux, ainsi que divers réglages. Il sera également utilisée pour des vérifications sur le pod de propulsion ainsi qu'à une visite du pod tribord.

Alors que le premier BPC, le Mistral, est encore en essais à Brest, un contrat de faisabilité a été achevé pour un navire dérivé destiné à la marine australienne (ce bâtiment serait un peu plus gros, avec une section supplémentaire de 20 mètres). Si le projet australien est connu de longue date, selon la lettre d’information stratégique TTU, l’Espagne serait également intéressée par le BPC et le projet en serait au même niveau. « Une fois cette phase (définition du design) de réduction des risques terminée, les deux pays pourraient lancer des appels d’offres ». Mais ce n'est pas tout car dans une interview à l'Indian Express, l'amiral Prakash, chef d'état-major de la Marine indienne, montre un certain intérêt pour le Mistral, qui pourrait équiper la Marine indienne, en attendant la construction de navires de conception locale.

2006 - Livraison à la Marine - Intervention au Liban


Au quai d'honneur de la base navale de Toulon, face au ferry Mega Express II de la compagnie Corsica Ferries (23 février 2006).

Le calendrier du Mistral prend du retard. En cause, des problèmes de mise au point du système de combat. Le SENIT 9 (système d'exploitation naval des informations tactiques) est un outil complexe, et la mise au point d’un tel ensemble réclame du temps.

Le Mistral quitte Brest le 7 février. Après avoir franchit le détroit de Gibraltar, il rallie Toulon, son nouveau port base le 14 février 2006. Le bâtiment est toutefois encore sous "pavillon DCN", le transfert à la Marine étant prévu à la fin du mois. Le 14 février également, le maire du Havre, Antoine Rufenacht, confirme que le Mistral, aura bien la ville du Havre comme marraine. Une fois admis au service actif le bâtiment devrait venir en escale au Havre en 2007.

Le service des programmes navals de la délégation générale pour l'armement (DGA/SPN) procéde, le 27 février 2006, à la réception contractuelle du Mistral à Toulon et le remet à la Marine nationale. La cérémonie de baptême du bâtiment qui devait se dérouler ce jour est toutefois annulée, en raison des réserves qui sont émises sur le système de combat, toujours en cours de réglage. La plate-forme (coque, propulsion, énergie) ne pose de son coté pas de problème majeur.

Le 8 mars 2006, le BPC Mistral effectue son premier ravitaillement à la mer avec le pétrolier-ravitailleur Meuse.

Une opération de présentation à la presse a lieu le 9 mars. De nombreux journalistes, dont ceux de de TF1, France 2, France 3 et du Monde, sont embarqués à bord du BPC pour une journée à la mer au large de Toulon. A cette occasion et pour la première fois, un hélicoptère de transport NH90 version navale apponte sur le Mistral.


Premier appontage d'un NH90 au large de Toulon (9 mars 2006).

Au quai d'honneur de la base navale de Toulon (23 février 2006).


A l'occasion de sa traversée de longue durée, le BPC Mistral embarque deux Chalands de Transport de Matériel (CTM) de la flottille amphibie de Toulon (avril 2006).
Traversée de longue durée en océan Indien (21 mars - 31 mai 2006)

Parti de Toulon le 21 mars pour sa traversée de longue durée, avec à son bord les CTM 30 et 31 de la flottille amphibie, le BPC Mistral arrive le 27 au large de La Rochelle, où le rejoignent la Foudre, de retour de mission Corymbe, et l'aviso LV Lavallée. Les bâtiments participe jusqu'au 30 mars à l'exercice Skreo avec les embarcations du 1er escadron amphibie du 519e régiment du train de La Palice.

Du 8 au 12 avril, le Mistral effectue une escale à La Sude (Crète). C'est sa première escale à l'étranger. Le bâtiment franchit le canal de Suez les 14 et 15 avril, puis débute son transit en mer Rouge.

Le 17 avril, à peine franchi le détroit de Jubahl, le Mistral est sollicité pour porter secours au porte-conteneurs français Chopin de la compagnie CMA-CGM dont l’un des marins doit être rapidement examiné par un médecin. Dans une mer bien formée, l’équipe médicale et son matériel sont transférés de nuit à bord du navire pendant que le BPC patiente en patrouille à proximité du géant de 90 000 tonnes. Une demi-heure plus tard, le Chopin reprend sa route vers Suez, rassuré sur l’état de santé de son mécanicien qui a pu rester à bord.

Le 19 avril, à l'issue du déradiage des 2 CTM, le Mistral accoste à Djibouti où il stationne jusqu'au 22. Au cours de cette escale, un ravitaillement humanitaire est réalisé à Tadjoura par les chalands de transport de matériel (CTM) de la flottille amphibie embarquée à bord. Le Mistral effectue également un entraînement avec l'EDIC Dague, stationné à Djibouti. Quittant Djibouti le 22 avril, le bâtiment transite vers le golfe d'Aden et l'océan Indien. Divers essais ont lieu pendant ce transit, dont des essais d'arrosage en pluie et de protection NRBC.


Evacuation de ressortissants français et étrangers à Beyrouth (25 juillet 2006 - Photo Mindef)

Du 29 avril au 5 mai, le Mistral est en escale à Cochin (Inde). A cette occasion a lieu le 2 mai la manifestation "Defense Industrial Days" qui permet aux industriels militaires français et indiens de se rencontrer. Quittant l'Inde, le BPC rallie Djibouti où il stationne du 11 au 16 mai. De nombreux exercices sécurité ont lieu jusqu'au franchissement du canal de Suez le 21 mai. Puis il fait escale à Akzaz (Turquie) du 23 au 28 mai. Le Mistral est de retour à son port base de Toulon le 31 mai.

Début juin, le Mistral effectue les exercices BAM (Brigade aéromobile) puis Caïman, ce dernier étant spécialement dédié à l'action amphibie. Le 19 juin, le bâtiment, alors à quai, accueille à son bord le ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie.

Intervention au Liban

Le 12 juillet, à la suite de l'enlèvement par les chiites libanais du Hezbollah de deux soldats israéliens et de la mort de trois autres dans la même attaque, Israël lance une offensive aérienne et maritime au Liban d'une ampleur sans précédent depuis 1996. Un blocus général est opéré. Comme en 1982, une noria va s'établir entre Larnaka (Chypre) et Beyrouth pour évacuer les ressortissants. La Marine met en place des moyens maritimes dans le cadre de l'opération Baliste : (Jean de Vienne , Siroco, Jean Bart, ...).

Le BPC Mistral appareille dans la nuit du 19 juillet de Toulon. Son escorte est assurée par la frégate (un Panther de la 36F) qui appareille le 18 juillet, et arrive sur zone le 22 juillet. Les français ne sont pas seuls, puisqu'au total une quarantaine de bâtiments de diverses nationalités se retrouvent sur zone.


Prise de commandement du capitaine de vaisseau Gilles Humeau (08/06/2006 - Photo Raymond Reboul).
Le 28 juillet, il effectue la dernière rotation de la journée avec 1 300 ressortissants à son bord qui seront débarquées le samedi 29 à Larnaca.
Le 1er août, escorté par le Jean Bart, il débarque 200 tonnes de fret humanitaire au port de Beyrouth.
Une nouvelle rotation est effectuée le 6 août, le Mistral débarque 262 palettes de fret humanitaire avant d’embarquer des ressortissants. Le 10 août, une nouvelle rotation entre Larnaca et Beyrouth est effectuée : à l'aller, le Mistral débarque les 160 palettes de fret embarquées la veille à Larnaca, au retour, il procède à l'évacuation de 600 ressortissants dont 400 Français. Le 17 août, accompagné du Jean Bart, il débarque à Saïda 215 palettes de fret. Le Mistral est de retour à Toulon le 31 août.

Le 8 septembre 2006, le capitaine de vaisseauGilles Humeau a été reconnu comme nouveau commandant du BPC Mistral par le vice-amiral d’escadre Philippe Sautter, commandant la force d’action navale. Le CV Humeau, commandant en second depuis le 29 juillet 2005, succède au CV Frédéric Jubelin, commandant du Mistral depuis le 6 septembre 2004, qui prendra la direction du DIRSIM de Toulon. Une cérémonie a eu lieu à bord du bâtiment.

Du 29 septembre au 13 octobre, le BPC Mistral, les frégates Jean Bart et Guépratte, le BCR Marne, le BTS Bougainville, les chasseurs de mines Lyre et Capricorne, ainsi que le BSP Malin participent à l'exercice Brillant Midas en Méditerranée occidentale. Cet exercice maritime et amphibie majeur rassemble pas moins de 34 bâtiments de surface, 6 sous-marins, 35 aéronefs et plus de 5000 militaires venus de 10 pays différents. Il permet de certifier la marine espagnole qui prendra, en janvier, le commandement de la composante maritime de la force de réaction rapide maritime de l’OTAN (Nato Response Force – NRF), dont la France fournira la composante amphibie. Un spectaculaire débarquement amphibie a lieu le 9 octobre sur une plage près de Perpignan. Quatre-vingt véhicules et environ 350 hommes se sont alors déployés sur la plage et ont emprunté en convoi les routes avoisinantes vers Port Vendres avec pour mission de prendre le contrôle du port afin de pouvoir y acheminer des renforts éventuels.


En rade de Toulon (25 novembre 2006).

Le Mistral effectue le 23 novembre, au cours d'une sortie d'exercice en Méditerranée, un tir de missile portant son nom (Mistral) qui a été tiré avec succès depuis son lanceur Simbad, explosant en détruisant sa cible Dornier. Il s'agissait du tout premier tir de missile effectué par le navire.


Le capitaine de vaisseau Gilles Humeau.
Très apprécié pour ses importantes capacités de commandement, de logement et de manoeuvrabilité, le Mistral reste, au goût des marins, trop peu équipé en matière d'autoprotection. Cette situation empêche tout déploiement sans escorte du BPC dans une zone pouvant présenter des risques. Faute de crédits, les deux canons de 30 mm, initialement prévus, n'ont toujours pas été embarqués. Toutefois, le ministère de la Défense envisage, ultérieurement, de remplacer les deux lanceurs doubles Simbad par des Mica VL, dérivés des missiles air-air équipant les Rafale et Mirage. Les cellules seraient logées dans les encorbellements de la poupe. DCN Equipements Naval, à Ruelle (Charente), travaille à la mise au point des futurs lanceurs du Mica VL. Un premier tir d'essai doit être effectué début 2007 (source Mer&Marine).

Le Mistral est admis au service actif à compter du 15 décembre 2006. Cette décision est l'aboutissement d'années d'efforts et de persévérance. L'admission au service actif est faite avec toutefois encore des réserves concernant le système de combat, la mise au point d'une version acceptable prendra quelques mois.

Suite de l'histoire...

Texte Jean-Michel Roche pour Net-Marine © 2007. Copie et usage : cf. droits d'utilisation.


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