L'organisation des patrouilles des SNLE
C'est au début des années soixante qu'a été décidée la constitution d'une composante océanique de la force de dissuasion, avec la création, en 1962, de l'organisation Cœlacanthe, qui reçut mandat de bâtir ce qui deviendra la FOST aux débuts des années soixante-dix. Le premier bâtiment de la FOST, le SNLE Le Redoutable, a appareillé pour sa première patrouille opérationnelle en 1972.
Les patrouilles des Sous-Marins Nucléaires Lanceurs d'Engins (SNLE) durent environ dix semaines, pendant lesquelles le sous-marin reste indétectable et totalement discret en se déplaçant silencieusement en haute mer, en immersion profonde, toujours prêt à exécuter l'ordre de tir qui lui viendrait de la présidence de la République. Au bout de dix semaines, il rentre à l'île Longue, sa base opérationnelle située dans la rade de Brest, pour une période d'entretien de cinq à six semaines, à l'issue de laquelle il repart en ayant changé d'équipage.
Alors que, pendant la guerre froide, trois sous-marins patrouillaient simultanément, l'adaptation au nouveau contexte stratégique a conduit le Président de la République à réduire la FOST à quatre sous-marins, dont trois dans le cycle opérationnel, armés à deux équipages. Tandis qu'un premier assure une patrouille permanente, un deuxième est disponible à quai ou à la mer, en essais ou en entraînement, afin de pallier le risque d'une éventuelle avarie sur le premier. Quant aux deux derniers, ils sont en entretien, l'un de courte durée, l'autre de longue durée.
Il y a deux équipages par sous-marin, chacun de 110 (pour les sous-marins type Le Redoutable) à 130 hommes (pour les sous-marins type Le Triomphant). Quand le sous-marin est à l'île Longue, les deux équipages participent à son entretien, et quand le bâtiment est en mer, l'équipage qui n'est pas embarqué prend ses permissions et revient ensuite à Brest pour un nouveau cycle qui commence par une phase d'entraînement à terre sur simulateurs. Celle-ci estd'autant plus nécessaire qu'un renouvellement d'un tiers de son personnel se fait à chacun de ces cycles : il faut alors en quelque sorte recréer l'équipage.
Une ambiance studieuse
A bord de ses sous-marins, les quarts structurent la vie des marins et rythment la vie du bord. Dans cette atmosphère de travail sérieuse, des plages de repos et de détente sont rares et programmées. Dans ce cercle fermé, au sens propre du terme, apparaît un désir de sortir de soi à défaut de sortir de sa boîte. Il n'y a pas d'horizon dans le sous-marin, du moins les yeux ne portent jamais à l'infini. L'accomodation ne se fait qu'à quelques mètres dans une atmosphère très technique, baignée par la lumière artificielle et où l'air conditionné est en circuit fermé. Les jours et nuits sont distingués artificiellement au moyen de deux types de lumières : lumière blanche pour le jour, lumière rouge pour la nuit. De même les dimanches et jours de fête sont distincts par des repas améliorés.
Les informations ne circulent que dans un sens, c'est à dire de l'extérieur du sous-marin vers l'intérieur. Rien ne part du sous-marin pour des raisons évidentes de discrétion. Néanmoins, chacun peut consulter la revue de presse quotidienne et avoir de temps en temps des nouvelles de ses proches grâce aux "familigrammes", des messages de 25 à 40 mots, distribués sous forme de courrier. Certains embarquent même avec un petit paquet de lettres, ouvertes au fur et à mesure que s'égrènent les jours de patrouille. Les cadeaux sont aussi embarqués à l'avance. La coupure avec la famille est unilatérale. Une bonne entente à bord est indispensable et la confiance des uns envers les autres est de mise.
Quelques grandes fêtes viennent rythmer la patrouille. La plus importante étant "la cabane". Celle-ci se déroule à mi-patrouille. C'est l'occasion d'organiser un grand buffet rassemblant l'ensemble de l'équipage en cafétéria. Tous les postes de quarts sont visités, aussi bien à l'avant qu'à l'arrière. Le sport est également un facteur essentiel : Vélos d'appartement et rameurs sont très sollicités au cours de la patrouille. Pas de fumeurs à bord, c'est le réglement.
(Source : interview du CV Thierry d'Arbonneau, commandant les Forces sous-marines et la FOST, pour le mensuel de l'AGPM - 12/2003 ; Le rapport de la Commission de la Défense à l'Assemblée Nationale sur les grands programmes de défense 12/2004)