En patrouille à bord du Saphir

(d'après Armées d'aujourd'hui n°233, EV Aubry-Lecomte, septembre 1998; photos Marine nationale)

"Alerte" La voix calme du commandant tranche avec l'agitation qu'a suscitée son ordre. Le central, partie du poste de commandement consacrée à la sécurité du bâtiment et à son pilotage est remplie de monde. Ce moment délicat de la navigation sous-marine requiert l'extrème attention de tous : nous passons sous la surface...

Le Saphir, ne sera plus ce cormoran noir et longiligne en surface mais un engin indivisible et redoutable. Sa discrétion, sa mobilité et la puissance de ses torpilles et missiles à changement de milieu en font une pièce maîtresse dans les principales missions de la Marine : dissuasion, vigilance et action.

D'un coup d'oeil circulaire, je contrôle de nouveau mon pupitre pour une dernière vérification : "Clair pour les ouvertures de coque". Un ordre bref du commandant s'en suit : "16 mètres!".

Les dernières poches d'air s'échappent de nos ballasts par les purgent grandes ouvertes en un long sifflement. Nous nous glissons sous l'eau, enfin dans notre élément, pour rejoindre la zone d'opération, 160 nautiques au sud, où nous participons à un exercice interalliés.

Une force ennemie, soutenue par des bâtiment de moyen tonnage, une aviation basée à terre et deux sous-marins à propulsion classique, a pris possession d'une île par surprise et l'occupe avec des troupes. Notre première mission consiste à recueillir des renseignements avant l'arrivée des forces de surfaces alliées. Position et nature des forces ennemies, photos, films, interceptions d'émissions radar ou radioélectriques seront transmis par satellite à l'état major embarqué sur le porte avions pour lui permettre de mettre la dernière main à son plan d'opération. Dans un second temps, nous devrons nous interposer entre la force de sous marins classiques et notre force de débarquement en nous tenant prêt à détruire tous les bâtiments ennemis possible dès l'ordre d'engagement; Ce scénario n'est pas la trame du dernier Tom Clancy "À la poursuite du Saphir bleu" mais un entraînement parmi d'autres sur le thème d'une mission qui pourrait être confiée au groupe aéronaval et aux forces sous marines.

La tension de la prise de plongée est retombée et seule demeure maintenant la vigilance d'une équipe de professionnels. C'est ma première patrouille comme ''Maître de centrale" sur SNA. Je suis un peu tendu. Malgré de nombreux contrôles, un entraînement rigoureux et des heures passées sur simulateurs, le poids de ma responsabilité n'a pas encore été allégé par l'expérience. Le maître principal chargé de la sécurité du bâtiment en plongée tarde à quitter le central ; sa présence est apaisante. C'est un vieux "chibani" qui a posé son sac sur presque tous les sous marins français des trente dernières années. Au cours de la patrouille précédente, il a été mon instructeur et les centaines d'heures de quart passées ensemble ont créé une rela lion particulière, à la fois familiale et distante, complice et respectueuse. Nous prenons maintenant le contact. Le ronronnement des hélices des bâtiments ennemis diffusé par les haut parleurs branchés sur nos sonars devient distinct. L'officier opérations, concentré sur les écrans du système tactique et sur les cartes, dresse la situation sur les cartes, dresse la situation surface, analysant attentivement chaque information donnée par les opérateurs.

Après une revue minutieuse des menaces, le commanclant ordonne de reprendre la vue "16 mètres". Je fais prendre une forte assiette positive au bâtiment et nous remontons à 8 noeuds à l'immersion périscopique. Le commandant hisse le périscope d'attaque qui seul émergera des vagues lorsque nous viendrons effleurer la surface de l'eau. Nous nous exposons ainsi à une éventuelle détection radar ou visuelle, mais les renseignements recueillis justifient largement ce risque. "Top la vue. Deux tours d'horizon effectués rien de très proche. Pointez moi sur les bruiteurs". Le commanclant poursuit la reconnaissance des bâtiments visibles selon une procédure bien huilée. J'affine ma pesée en admettant 500 litres d'eau de mer dans les caisses de réglage. Le bâtimente légèrement alourdi risque moins d'être aspiré en surface par le mouvement des vagues. La "baignoire", gros bouillonnement d'écume soulevée par l'émergence du haut de notre massif, est la hantise du maître de central à l'immersion périscopique. Son apparition peut rapidement provoquer notre détection et nous placer dans une posture très délicate. "Hélicoptère dans le sept zéro! 55 mètres rapide! 55 mètres rapide!". L'ordre d'urgence résonne comme un branle-bas de combat. Je me précipite sur la diffusion générale et ordonne de régler le moteur en avant toute au régime de manoeuvre. Nous prenons rapidement de la vitesse et plongeons à 55 mètres toutes barres à descendre. Je surveille mon barreur et l'incite à prendre plus d'assiette. Un coup d'oeil sur mon pupitre me permet de vérifier la position des mâts. 25 mètres. "Clair pour les aériens". 50 mètres. Une abattée de 90° sur la droite et nous demandons le maximum à nos machines. Le chef du quart orclonne de descendre plus profond à une immersion défavorable à la détection. 120 mètres et l'on descend toujours. J'ordonne une roncle d'étancheité générale, et surveille étroitement les paramètres qui me sont directement accessibles en attendant le compte-rendu du personnel présent dans les divers compartiments. Nous nous sommes éloignés, une couche d'eau plus froide est atteinte. Nous n'entendons plus le bruit désagréable et régulier lancé à notre recherche. La mission va pouvoir reprendre.


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