Les bâtiments ayant porté le nom de Foudroyant
![]() La liste des noms fixes arrêtés par Colbert précise que le Foudroyant sera un vaisseau de second rang (Archives Nationale - G01bis). |
La
dénomination du Foudroyant est inscrite dans la liste des noms fixes
arrêtés par Colbert en 1671 et 1678.
Le premier bâtiment de la marine française ayant porté
le nom de Foudroyant fut un vaisseau de 70 canons (1668-1690)
mis en chantier à Rochefort en 1668 et lancé en 1669 sous le
nom de Le Fort ; il fut rebaptisé Foudroyant en 1671.
Or en 1671, la France est allié avec l’Angleterre, et grâce
au traité de Douvres (12 juin 1670) l’Angleterre et son alliée
établissent un plan d’envahissement de la Hollande par terre,
doublé d’un blocus maritime. Face à cette coalition la
Hollande semble perdue, pourtant les batailles de Solebey (1672), Schoeneveldt
et de Texel (1673) livrées avec une suprématie numérique
certaine face aux hollandais ne feront qu’entraîner la mésalliance
franco-anglaise. Il faut dire que face à York, d’Estrées,
Duquesne (en sous ordre)
se trouvait un homme convaincu de l’importance vitale de sa flotte pour
son pays : De Ruyter. Il est inutile de rappeler ici son génie qui
fit école puisque Jean
Bart avait servi sous ses ordres.
Plus tard en 1677 et 1678 ce même bateau de 70 canons prit par à
la nouvelle campagne contre la Hollande dans l’escadre de Chateaurenault.
Le 17 mars 1678 il prit par à un combat acharné contre deux
vaisseaux hollandais dans l’ouest d’Ouessant, à la nuit
ces vaisseaux se dérobèrent… Ce Foudroyant fut
rayé de la liste de la flotte en 1690.
En 1691 fut lancé à Brest le second Foudroyant. Vaisseau
de 82 canons (1691-1692) qui lui eut une existence éphémère.
1692, c’est la guerre de la ligue d’Augsbourg. Le 29 mai Tourville
et son escadre dont fait partie le Foudroyant rencontre l’escadre
anglo-hollandaise. En face des français 99 vaisseaux contre 44 - 98
frégates et brulots contre 13 - 6756 bouches à feu contre 3240
- 53463 hommes contre 20900 - choc gigantesque, cette bataille fut une victoire
française, « le sang ruisselait par tous les dalots ».
Le Foudroyant (cdt De Relingue) à l’égal de ses
pairs fit merveille et les anglais devaient conclure : « Tourville
and his captains had made gallant defence and had, inde done wonder…Had
Barfleur had no morrow, the action would have been a french triumph... »
(Tourville et ses capitaines avaient opposé la plus brave défense
et, en vérité fait merveille, si Barfleur n’avait pas
eu de lendemain, c’eut été un triomphe français).
Car, trois fois hélas, il y eut un lendemain, il y eut la Hougue. Le
31 mai, Tourville avait fait
mouiller dix de ses vaisseaux à l’abri de la presqu’île
de la Hougue. Se croyant à l’abri des défenses côtières
qui n’existaient pas, les Anglais n’eurent qu’à mettre
le feu à des épaves abandonnées et pillées par
leur occupants. Ainsi disparut le second Foudroyant, le 2 juin 1692.
On connaît l’importance de la défaite de la Hougue sur
le moral des dirigeants de l’époque. Le ministre de la marine
joue désormais vaincu alors que les marins crient : « Nous
vaincus, nous n’en avons ni l’esprit ni le langage… ».
Malheureusement le drame était joué et les suites incalculables.
Novembre 1692, le Foudroyant, troisième du nom, fut lancé à Brest mais sera armé en mars 1693 sous le nom de Soleil Royal.
Or comme à l’époque on n’hésitait pas à lancer des bateaux, en novembre 1693 un magnifique vaisseau de 104 canons (1693-1713) fut lancé le 14, et reprit le nom de Foudroyant. On retrouve ce bateau monté par le comte de Toulouse, amiral de France à la bataille de Velez-Malaga. Ce 24 août 1704 donc, les escadres françaises et anglaises sensiblement égale cette fois (53 d’un coté contre 50 de l’autre) sont face à face. Le résultat tactique fut clair : les Français une fois de plus étaient vainqueurs pourtant ils ne profitèrent pas de leur avantage sur Rook l’amiral anglais et La Roncière put conclure amèrement : « Le vaisseaux récoltait à défaut de lauriers, les fruits ». Le Foudroyant navire amiral, au centre de l’escadre blanche devait échauffer sérieusement le Royal Catherine de 90 canons. Cependant le manque d’opiniâtreté de l’amiral français devait transformer par la suite la Méditerranée en lac anglais, Rook s’était refait à Gibraltar. La France ne se risqua plus à un engagement général avec une flotte durant toute la guerre de succession d’Espagne. Ce vaisseau fut démoli en 1714 à Toulon.
Nous retrouvons en 1724 à Brest un magnifique vaisseau de 110 canons destiné à porter la pavillon d’amiral ; pour cela il avait reçu une ornementation exceptionnellement belle que nous connaissons d’ailleurs par des dessins de cette époque. Malheureusement, il n'aura jamais l'occasion de montrer son pavillon, puisqu'il ne navigua pas. Nous connaissons tout aussi bien sa fin en 1742, au fond de la Penfeld après avoir, pendant 18 ans, attendu un armement que le règne de Louis XV ne lui assura jamais…
En 1748 débute
la construction à Toulon d'un 6e Foudroyant. Ce vaisseau
de 80 canons (1751-1758) fut de l’expédition de Minorque,
et, portant la marque du lieutenant général de La
Galissonnière à la bataille du 19 mai 1756 pendant laquelle
il fut affronté directement au navire amiral anglais. La
conclusion fut heureuse pour nous puisque l’escadre anglaise échoua
dans sa tentative de secourir Port-Mahon et se retira, la citadelle tombait
peu après devant nos troupes - heureuse fin pour la petite histoire
- voyons ce qui se passe coté anglais - :
L’escadre de Gibraltar contre-attaqua peu après, en vain et
l’amiral Byng qui conduisait l’escadre fut jugé à
Portsmouth à bord du Saint Georges et condamné à
mort le 17 janvier 1757, pourtant les membres la cour martiale avaient à
l’unanimité recommandé sa grâce. Son monument
funéraire porte l’inscription suivante :
« A la honte perpétuelle de la justice publique, l’honorable
John Byng amiral de l’escadre bleu, est tombé en martyr de
la persécution politique le 14 mars de l’année 1757,
en un temps où la bravoure et la loyauté étaient des
garanties insuffisante de l’honneur et la vie des officiers de marine ».
On ne badinait pas avec les bâtiments de la gracieuse Albion.
Pourtant l’année qui suivit la mort de cet amiral martyr, une
chose désagréable devait arrivée à notre 6e
Foudroyant. Intégré dans l’escadre de La Clue,
bloqué à Carthagène, le Foudroyant, après
une lutte acharnée contre trois vaisseaux anglais parmi lesquels
le Swiftsure, fut capturé le 28 février 1758, et
depuis cette date la Royal Navy a compté plusieurs bâtiments
qui ont porté le nom de Foudroyant, pour commémorer
ce fait d’armes. Ouvrons ici une parenthèse pour préciser
qu’au temps de la marine à voile il n’était pas
déshonorant, quand le bateau avait utilisé toutes les ressources
pour combattre, d’amener son pavillon pour épargner la vie
des survivants du combat.
Mais voici qu’apparaît notre 7e Foudroyant, vaisseau de 80 canons (1799-1833) en construction à Rochefort, il mettra d’ailleurs un certain temps à venir à la mer, puisque mis en chantier en 1793, il fut rebaptisé Dix-huit fructidor en 1798 alors qu’il était toujours sur cale. Enfin en 1800 il reprenait son nom pour son lancement. En 1802 il fait parti de l’expédition de Saint Domingue sous les ordres de l’amiral Villaret de Joyeuse - en vain puisque Saint Domingue doit être abandonnée… Il regagnera l’escadre à Brest et fit partie d’une division navale au sein de laquelle il a porté le pavillon de l’amiral Willaumez. Au large de cuba, plusieurs combats l’opposèrent à des vaisseaux anglais parmi ceux-ci l’Anson. Il porte ensuite le pavillon de l’amiral Goudon, puis refondu en 1820, il termine sa carrière en 1834. Avec lui nous quittons définitivement l’ère des « vaisseaux »… Déjà l’on voit poindre derrière le 7e Foudroyant, la coque d’acier de ses successeurs…
Ce n’est qu’en 1875 que fut mis en chantier à Toulon, le 8e Foudroyant. C’était un cuirassé à vapeur (1885-1909) du type « à réduit central » auxquels appartenaient aussi la Dévastation et Le Redoutable. Il fut lancé le 27 avril 1882. Déplaçant 9700 tonnes, il était propulsé par une machine de 1500 ch et son armement comportait 14 canons. Il avait un effectif de 745 officiers et hommes d’équipage. Par décret du 26 juin 1885, il pris le nom de Courbet, en l’honneur de l’Amiral qui venait de mourir dans les mers où il s’était illustré. C’est sous ce nom qu’il accomplit sa carrière jusqu’en 1910.
Le Foudroyant, neuvième du nom, torpilleur de 1500t (1929-1940) appartenait à une série de quatorze bâtiments du type L’Adroit. Mis en chantier à Bordeaux en 1927, il fut lancé le 24 avril 1929 et entra en service en 1930. Long de 107,20 mètres et large de 10,10 mètres, il déplaçait 1378 tonnes Washington et avait un tirant d’eau de 4 mètres au déplacement de 1500 tonnes. Propulsé par deux turbines alimentées par trois chaudières, il pouvait donner 33 nœuds et avait un rayon d’action de 3000 nautiques à 15 nœuds. Son armement se composait de 4 canons de 130 mm., 2 de 37 mm. AA et 6 T.L.T. de 550 mm. Son équipage était de 7 officiers et 131 hommes.
Dans
les années qui suivirent sa mise en service, il eut l’honneur
en avril 1931 de transporter sur le lac de Bizerte le Président de
la République Gaston Doumergue, en voyage officiel en Tunisie.
A la mobilisation, en 1939, il composait avec Le Brestois et Le
Boulonnais, la 5e division de torpilleurs, avec laquelle il effectua
de nombreuses missions d’escortes et de reconnaissance. Basé
à Dunkerque, c’est lui qui transporta l’Amiral Darlan à
Douvres pour le conseil suprême du 28 mars 1940.
A partir du 8 avril, il est à Scapa Flow, d’où il participe
à l’escorte des bâtiments et de convois dans le cadre de
l’expédition de Norvège. Le 13 mai, en patrouille dans
le fjord de Mo, avec le HMS Somali, il s’engage contre les
forces allemandes débarquées à Hemmesberget. A l’issue
de ce raid, les deux torpilleurs se précipitent au secours du paquebot
polonais Chobris mis en feu par une bombe ; ils sont violemment attaqués
par l’aviation au cours de cette tentative de sauvetage et le Foudroyant
escorte à Scapa Flow le Somali gravement endommagé.
Renvoyé en France, le Foudroyant est rattaché à
la 2e division de torpilleurs, en remplacement de l'Adroit coulé
à Dunkerque.
C’est ainsi qu’il effectue une première mission dans ce
port dans la nuit du 25 au 26 mai sous un violent bombardement. Rentré
à Cherbourg le 26 au matin, il appareille le soir même pour amené
à Douvres le capitaine de vaisseau Aupman qui se rend au P.C. de l’Amiral
Ramsay pour régler avec lui la participation de la marine française
à l’évacuation de Dunkerque, à laquelle il participera
dans les jours suivants.
Quand, le 1er juin, il revient d’Angleterre par la route directe qui
vient d’être dragué. Le Foudroyant est le dernier
bâtiment intact des torpilleurs de la 2e flottille engagés dans
les opérations d’évacuation. Parvenu aux abords du chenal
ouest de Dunkerque, il est attaqué par une escadrille de bombardiers
et, malgré la réaction de la D.C.A. il est gravement touché.
Rompu il se couche sur bâbord et disparaît en moins d’une
minute. La plus grande partie de l‘équipage pourra être
recueillie.
Les actions du Foudroyant, tant en Norvège qu’à
Dunkerque, ont valu au capitaine de corvette (puis capitaine de frégate)
P.L.A. Fontaine, commandant, et au bâtiment plusieurs élogieuses
citations à l’ordre de l’Armée de mer.
En
1941, l’Amirauté française décida de donner à
des torpilleurs de 1800 tonnes récemment entrés
en service le nom des torpilleurs coulés pendant les opérations
de Dunkerque. C’est ainsi que le Fleuret devint le dixième
Foudroyant le 1er avril 1941.
Ce bâtiment mis sur cale aux Forges et Chantiers de la Méditerranée
à la Seyne en août 1936 et lancé le 29 août 1938,
appartenait à la série Le Hardy dont les caractéristiques
étaient les suivantes : déplacement : 1772 tonnes ; longueur
: 117,20m ; largeur : 10,10 m ; tirant d’eau en pleine charge : 4,20
m ; 4 chaudières ; 2 turbines ; 2 lignes d’arbre ; 6 canons de
130 mm. en pseudo-tourelles doubles ; 2 de 37 A.A. ; 8 mitrailleuses de 13,2
A.A. ; 7 T.L.T. de 550 mm ; 11 officiers et 176 hommes.
Devant l’évolution des événements, l’armement
du Fleuret fut accéléré. En juin 1940, il participa à
l’escorte du Richelieu qui se rendait de Brest à Dakar. Puis
basé à Casablanca, il poursuivit ses essais. Dans la nuit du
24 au 25 septembre 1940, il fut parmi les bâtiments envoyés dans
le détroit de Gibraltar pour y effectuer une démonstration en
représailles de l’attaque de Dakar. Quelques coups de canons
furent échangés, sans résultat, avec un torpilleur anglais
en surveillance dans le détroit. Peu après le Fleuret
fut placé en gardiennage d’armistice. Sous le nom de Foudroyant,
le bâtiment ne devait plus avoir aucune activité avant d’être
sabordé le 27 novembre 1942, lors du coup de force allemand sur Toulon.
Renfloué le 20 mai 1943 ; il fut sabordé une seconde fois par
les allemands en août 1944 dans les passes de Toulon.
Le dernier bâtiment ayant porté le nom de Foudroyant est donc le sous-marin nucléaire lanceur d'engins (1974-98).
(Jean-Michel Roche, d'après un texte écrit pour le journal de patrouille « Jupiter » en mars 1976, et édité en mer sur le SNLE Le Foudroyant, équipage rouge)