Historique du Charles de Gaulle (année 1999)
Le
porte-avions, pour l'unique fois de sa carrière, procède à des essais
de gîte, 17 au 20 janvier, alors qu'il est sur le coffre en baie de
Roscanvel ; ces essais ont pour but de tester le bon fonctionnement des
appareils de propulsion, à gouverner et de l'ensemble des installations du
bord, notamment des ascenseurs et des portes coupe-feu. Le 17 janvier, le
navire prend 5° de gîte bâbord. Le lendemain, il prend 5° de gîte tribord,
avant de prendre 8° de gîte tribord les 2 jours suivants.
Le
bâtiment devait appareiller dans la matinée du 25 janvier pour sa première
sortie à la mer. Ce premier appareillage nécessite des conditions météorologiques
particulières (vent, courant, marée). Les conditions météorologiques n'étant
pas favorables, en raison en particulier d'un vent soufflant à plus 90 km/h
à Brest, le commandant, décide de reporter l'appareillage.
Les premiers essais à la mer
Aidé de 7 remorqueurs,
dont l'Abeille Flandre,
le porte-avions quitte, le 27 janvier vers 11h00, le port militaire de Brest
en direction du goulet qui sépare la rade de la haute mer. C'est à plus de 15000
nautiques (27Km) de la pointe de Saint-Mathieu que le bâtiment a largué les
dernières amarres qui le retenait encore aux différents remorqueurs. Par la
suite, à 16h57 exactement, le commandant du porte-avions, le capitaine de vaisseau
Régis Wilmot-Roussel, a donné l'ordre de mise en route du système de propulsion.
Des problèmes techniques au niveau de la propulsion, notamment "sur un moteur
électrique de la machine", ont provisoirement "compromis la poursuite
des essais à vitesse élevée".
6 février : La piste oblique du PAN est-elle trop courte ? C'est en tout cas ce que suggèrent plusieurs journaux. Cette piste serait trop courte de quelques mètres pour pouvoir accueillir l'avion de guet Hawkeye. Le 20h00 de TF1 fait sa une sur cette info et les guignols de Canal + en font des gorges chaudes. Affaire à suivre...
Le Charles de Gaulle quitte son quai d'armement le 17 mars pour prendre un coffre sur rade devant la pointe de l'Armorique. Plusieurs catapultages de maquettes sont réalisés durant l'après-midi et des tests sur les électro-pompes alimentaires opérés. Le 18 mars, peu après midi, le Charles-de-Gaulle franchi le goulet de Brest sans assistance des remorqueurs pour une nouvelle série d'essais en haute mer. Il s'agit de verifier cette fois le bon fonctionnement du système de propulsion nucléaire. C'est à dire de s'assurer que le porte-avions est capable de tenir une vitesse de 15 noeuds, minimun requis pour permettre l'appontage ou le catapultage des avions. A ses côtés, le patrouilleur de service public Pluvier assure l'assistance durant 2 jours. Le 22 mars ont lieu les essais du système SATRAP de stabilisation du bateau. A 15 noeuds avec des mouvements de barre à 15 degrés, le porte-avions a viré totalement à plat, sans aucune gîte . Une simulation d'appontage avec présentation d'un Crusader de la BAN de Landivisiau est effectuée dans la journée. Le 26 mars, le porte-avions atteint la vitesse de 25 noeuds à 70% de sa puissance. De plus, il procéde à des essais de remorquage d'urgence et de longue durée grâce aux attelages embarqués. Puis, le navire se dirige vers une zone de mauvais temps au large de la Bretagne afin de tester dans une mer agitée le système de tranquilisation de sa plate-forme.
Le 30 avril, le
Charles de Gaulle acheve sa troisième
sortie pour essais. Depuis le 18 avril, il aura passé 12 jours en mer et
parcouru environ 4000 nautiques dans une zone comprise entre le sud de l'Irlande
et le golfe de Gascogne, portant à 9 000 nautiques la distance totale qu'il
aura parcouru.
Au cours de cette sortie, de nombreux essais se déroule avec succès. Malgré
des conditions météorologiques sévères, le Charles de
Gaulle atteint une vitesse de plus de 28 noeuds. L'appareil propulsif
est utilisé à pleine puissance et son comportement donne satisfaction. Les conditions
de mer rencontrées ont permis de confirmer les excellentes capacités de son
système de stabilisation. Les essais du système de combat laissent présager
des performances opérationnelles remarquables. En particulier, le Charles
de Gaulle aura effectué les premières interceptions d'avions de combat
et les premiers guidages d'aéronefs en approche, dans la perspective des essais
aviation. Les essais d'intégration du système SAAM
au Senit se sont poursuivis et
le système de combat a été testé avec succès face à des strikes de Super
Etendard modernisés. L'homologation de la plateforme pour les hélicoptères
a continué. Le Charles de Gaulle peut maintenant
accueillir tous les types d'hélicoptères en service dans la Marine.
Un phénomène vibratoire apparait au niveau de l'appareil à gouverner au cours des essais de forte puissance. Les expertises se poursuivent à quai afin d'en identifier les causes et de définir les conditions de l'intervention à effectuer. Le 11 mai, le Charles-de-Gaulle quitte le port militaire de Brest en début d'après-midi pour une courte sortie à la mer d'un jour ou deux. Le bâtiment, qui connait d'importantes vibrations sur ses safrans lors de sa dernière sortie, fait l'objet d'une nouvelle batterie de tests à la mer. " Bien entendu, poursuit la DCN, les safrans vont être testés, mais également l'appareil à manoeuvrer, le système de stabilisation ou le système de combat ". Les premiers appontages ne pourront débuter qu'une fois l'ensemble du système de propulsion optimisé.
![]() Un nom pour le 2ème porte-avions? Hum, je ne sais pas... le Benny Hill ? |
Le 14 juin a lieu le premier appontage d'un helicoptère Puma.
Dans une interview
du 28 juin au Télégramme de Brest, l'amiral Jean-Luc Delaunay,
répond à la question d'Hubert Coudurier : "Les difficultés
du PAN depuis le début des essais ont suscité l'ironie de la presse. Avec le
recul, comment doit-on analyser ce démarrage pour le moins laborieux ? "
"Le programme Charles-de-Gaulle est un grand
programme, prestigieux et ambitieux pour la France. Je suis confiant, ce sera
une grande réussite. Contrairement aux avions ou aux voitures de course qui
bénéficient de prototypes avant d'être considérés comme opérationnels, le Charles-de-Gaulle
est à la fois un prototype et un bâtiment de série, et il n'est pas anormal
que l'on relève des difficultés dans la mise au point de ses nombreux systèmes
et la validation des nouveaux concepts. Les essais des systèmes de combat, de
stabilisation de la plate-forme, de propulsion progressent de façon nominale:
ce serait bien de souligner aussi ces premiers résultats significatifs."
![]() Premier appontage sur le porte-avions Charles de Gaulle par le Super-Etendard n°35 (6 juillet 1999). |
7 juillet : A 15h26, le Charles de Gaulle a effectué son premier catapultage du Rafale. Par ailleurs, le même jour, au cours de la matinée, le Rafale M1 de série a effectué son premier vol à Bordeaux Mérignac en présence de Monsieur Serge Dassault et du VA Paul Habert.
Le bilan de la première sortie d'essais aviation (5 au 20 juillet) s'établi ainsi : 33 appontages et catapultages Rafale ; 30 appontages et catapultages Super-Etendard (n°35) ; un appontage et catapultage d'un Super-Etendard Modernisé; plusieurs vols de sauvegarde effectués par une Alouette III de la flottille 23S; des liaisons de soutien effectuées par un Puma du 6ème RHC (Alat). Les vols d'essais effectués au cours de cette sortie auront permis d'explorer et de préciser le domaine d'emploi des catapultes et des freins d'appontage, et de préparer la poursuite des essais aviation (Hawkeye et homologation Super-Etendard modernisé). Le 2 août a lieu le premier appontage d'un helicoptère Cougar du 6ème Régiment d'Hélicoptères de Combat.
Le
3 août, un premier appontage de Hawkeye
E2C est réalisé en mer d'Iroise. Les tests sur les Hawkeye
se poursuive pendant une quinzaine de jours. Une douzaine d'appontages sont nécessaires
avant que les responsables du programme se prononce favorablement sur le rallongement
de la piste principale oblique. Un allongement de quatre mètres serait destiné
à faciliter, dans certains cas, la manoeuvre des Hawkeye
après leur appontage.
Le
Charles de Gaulle appareille le 24 août
pour une nouvelle sortie d'essais.
Le 29 août a eu lieu la passation de commandement entre le CV Willmot-Roussel
et le CV Edouard Guillaud, nouveau commandant du porte-avions, sous l'autorité
du VAE Yves Naquet-Radiguet. Le CV Guillaud connaît bien le bâtiment
pour avoir été adjoint de l'officier de programme responsable
du système de combat, puis officier de programme et enfin commandant
en second.
Le 30 août, le Charles de Gaulle
rentre en rade de Brest en début d'après midi, après 2 jours d'essais en mer.
Les autorités maritimes précise que le PAN était rentré plus tôt que prévu car
les tests, qui devaient être réalisés pendant cette 7ème sortie en mer,
avaient été satisfaisants et s'étaient déroulés plus rapidement que prévu en
raison d'une très bonne météo.
14
septembre : Appareillage pour une dernière sortie d'essais
avant la RANAE (Remise A Niveau Après Essais).
Du 17 au 20 septembre ont lieu une série de visites. Visite de journalistes accompagnés d'un représentant de l'Elysée, de membres de cabinets ministériels dont celui du Premier ministre et de hautes autorités du ministère de la Défense, puis une visite de hauts responsables de l'industrie et de journalistes de la presse internationale, puis celle de trois anciens chefs d'état-major de la Marine, les amiraux (2S) Yves Leenhardt, Bernard Louzeau et Jean Charles Lefebvre, et trois amiraux anciennement chefs du service central de l'aéronautique navale, l'amiral (2S) Guirec Doniol, le VAE (2S) François Deramond, et le VAE Jean Wild qui étaient les hôtes de l'amiral Delaunay accompagnée de l'amiral Bernard Moysan, inspecteur général de la Marine. Le 19 septembre a lieu la rencontre de deux F8-P Crusader de la flottille 12F avec un Rafale, au dessus du porte-avions - rencontre immortalisée sur la pellicule par l'Etendard IVPM n°153. Le 20 septembre, c'est au tour de de MM Paul Quilés et Xavier de Villepin, présidents des commissions de la défense de l'Assemblée nationale et du Sénat et d'une délégation de députés et sénateurs de se rendre à bord du bâtiment.
Le 24 septembre, le Charles de Gaulle se retrouve au coeur d'une bataille politique. Lille dispute en effet à Paris le titre de ville marraine du PAN. A priori, le poids de l'Elysée devrait être décisif (pour faire pencher la balance du coté de Paris), mais voilà qu'un écueil écolo menace de faire échouer l'opération. Motif : le Charles de Gaulle est un porte-avion ...nucléaire. Or les élus Verts de la capitale envisagent d'imiter leurs collégues de Grenoble. Ces demiers, à la fin des années 80, avaient systématiquement repoussé la proposition du maire de l'époque, de parrainer un sous-marin nucléaire d'attaque.
Le 25 septembre, c'est avec une fierté non dissimulée que l'équipage de la Marne, qui venait de quitter le dispositif du TG 407.01 engagé dans l'exercice OTAN Northern Light, a effectué le premier ravitaillement à la mer du porte-avions Charles de Gaulle. A la fin de la journée, la Marne aura délivré 25 m3 de gazole (destinés aux diesels alternateurs du porte-avions), 20 m3 de carburéacteur et effectué un passage de charges lourdes de 1,7 tonnes. La mise à l'épreuse des installations de ravitaillement à la mer du Charles de Gaulle s'avère un indéniable succès. Le CDG est de retour à Brest après ses derniers essais avant sa RANAE le 1er octobre.
Concernant le
parrainage du Charles de Gaulle par
la ville de Paris, l'association des villes marraines dans un communiqué
rappelle le 9 octobre : "Dans sa séance publique du 25 avril
1994, le Conseil de Paris a adopté le principe de ce parrainage à
l'unanimité des élus présents ou représentés
(... ...) le Chef d'état-major de la Marine pris en date du 20 mai 1998,
une décision d'agrément de ce parrainage".
Conformément au programme, au terme de sa première campagne d'essais à la mer, le porte-avions nucléaire Charles de Gaulle débute sa phase de remise à niveau après essais (RANAE) et entre au bassin le 17 octobre. Profitant de conditions météorologiques favorables et d'un coefficient de marée adapté, cette entrée au bassin a débuté vers 8 h, les remorqueurs et pousseurs de la Direction du Port guidant le porte-avions dans sa manoeuvre. Vers 10 h, le porte-avion nucléaire était immobilisé dans le bassin n°8.
Outre le remplacement d'installations usagées comme les tuyauteries qui fonctionnent depuis bientôt 10 ans, les grosses opérations seront l'adaptation de la radioprotection à la norme adoptée en 2000, la modification des safrans qui souffrent de vibrations anormales à grande vitesse, l'allongement de 4,40 mètres de la piste oblique pour faciliter l'accès des Hawkeye à l'aire de stationnement, l'installation d'une coupée de mer sur le tableau arrière. A noter que l'allongement de la piste oblique qui aura fait couler beaucoup d'encre aura en fait couté 5 millions de francs soit 0,025% du budget total. La décision d'acheter 3 Hawkeye a été prise en 1992, la coque du bâtiment était alors presque entièrement construite. L’envergure et la masse de cet aéronef sont telles que le pont était sous-dimensionné pour les accueillir dans des conditions extrêmes de mer et leur permettre de gagner leur parking sans l’aide de tracteurs. Il faut donc en passer par un allongement du chemin de roulement pour l’appontage du Hawkeye. En son temps, il avait fallu faire de même sans provoquer la moindre dérision avec le Clemenceau et le Foch, pour les Crusader qui furent acquis outre-Atlantique...
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Jean-Michel Roche pour Net-Marine © 1999. Copie et usage : cf. droits d'utilisation ; Sources : Communiqués de presse, presse nationale et régionale.