Histoire de la frégate Courbet (1993-1998)
1993-1994 : La construction
Mise sur cale à la Direction des constructions navales (DCN) de Lorient le 15 août 1993, la frégate Courbet est la troisième de la série des frégates furtives de type La Fayette. De la même façon que ses sister-ships, la méthode de construction par anneaux, et de préarmement de ceux- ci, permettra un délai rapide de construction par rapport aux méthodes précédemment utilisées.
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| La frégate Courbet en forme de construction à Lorient (Photos DCN Lorient). | |||
![]() Mise à flot du Courbet à Lorient (12 mars 1994 - Photo DCN Lorient). |
Six mois seulement vont s'écouler entre la pose du premier anneau sur la ligne de tins et la sortie de la forme de construction. Autre particularité pour la construction de ce bâtiment : les établissements de DCN Brest, DCN Cherbourg et de DCN indret ont fortement contribué à la réalisation de ces anneaux. DCN Cherbourg a fabriqué les 3 anneaux de l'avant, ceux de l'arrière ont été fait par DCN Brest. Enfin DCN Indret, qui fournit la propulsion, doit coopérer étroitement avec Lorient pour le montage et les essais des installations.
C'est le samedi 12 mars 1994 à 16h00 que le Courbet est mis à flot, en présence de l'ingénieur général Chéneau, chef du service industriel de la DCN, du contre-amiral Dambier, commandant l'arrondissement maritime, et de l'IGA Poimboeuf, directeur de DCN Lorient.
Le 2 novembre 1994, le capitaine de vaisseau Hubert Rossignol est désigné comme premier commandant du Courbet. Cette désignation ne sera effective que l'année suivante, mais elle permet déjà de former un noyau d'équipage d'armement qui va suivre les dernières étapes de la construction du bâtiment.
1995 : Armement et essais
![]() Embarquement d'un BRM - Berceau Réducteur Moteur (Juin 1994). |
Le 6 juillet, le Courbet voit se poser pour la première fois sur sa plate-forme hélicoptère un Panther à quai.
Le
25 juillet 1995, la date d'entrée en armement pour essais coincide
naturellement avec la prise de commandement officielle du capitaine de vaisseau
Hubert
Rossignol, premier commandant du Courbet.
Le capitaine de vaisseau Branellec, major général du port de
Lorient le fait reconnaître à l'équipage.
De fin juillet 1995 à fin mars 1997, pendant la période d'armement et essais, sont effectués :
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une première sortie à la mer (27 septembre) ;
- un stage de mise en condition initiale (21 au 28 septembre) ;
- la prise d'armement pour essais (17 octobre) ;
- les essais officiels de la propulsion (17 au 20 octobre) ;
- l'examen des installations (30 octobre) ;
- la clôture d'armement (31 octobre) ;
- les essais énergie-propulsion à la mer et armes-équipements
(5 au 18 décembre) ;
- le premier appontage à la mer d'un hélicoptère, un
Lynx (12 décembre)
;
- une première escale à La Rochelle-La Pallice
(16 au 17 décembre).
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| Le capitaine de vaisseau Branellec, major général du port de Lorient, et le capitaine de vaisseau Rossignol, premier commandant de la frégate Courbet, passent en revue l'équipage (25 juillet 1995). | |||
![]() Le capitaine de vaisseau Hubert Rossignol. |
Du 12 au 15 février, les essais armes-équipements se concentrent sur la veille, et l'artillerie qui effectue plusieurs tirs, puis le Courbet fait escale à Bordeaux (8 au 10 mars).
Un passage au bassin, a lieu du 19 avril au 6 juin, au cours duquel des modifications sont apportées sur le bâtiment, en prenant en compte le retour d'expérience de ces prédécesseurs. C'est au bassin qu'une expérience de stabilité est réalisée, ainsi qu'un changement des lignes d'arbres. Les essais armes se poursuivent du 26 juin au 12 juillet. Le 5 juillet, la plate-forme hélicoptère est homologuée à la suite de plusieurs appontages d'un Fennec.
![]() A quai à Brest à l'occasion de la manifestation nautique "Brest 96". |
Du 12 au 17 juillet, le bâtiment mouille à Brest en Penfeld à l'occasion de la manisfestation nautique " Brest 1996 ". Du 4 au 6 octobre, le Courbet est à Nantes, puis à nouveau à Brest le 21 octobre, pour participer au salon Euronaval.
Le 4 novembre 1996, il quitte Lorient pour sa traversée de longue durée. Il subit quelques avaries mineures dans le mauvais temps en Atlantique, puis retrouve une météo plus clémente après avoir passé le détroit de Gibraltar. En Méditerranée, il participe à l'opération Triangle (présence ostensible en cas de rencontre de ferries français au large des côtes algériennes), puis Achernar (contrôle de l'espace aérien libyen).
Une halte a lieu du 12 au 13 novembre à Port Saïd, avant de passer le canal du Suez le 13 novembre. Le transit Suez-Djibouti est l'occasion d'un passex avec l'aviso PM L'Her déployé aux îles Hanish. Après un ravitaillement gazole à Djibouti (17 au 19 novembre), il met le cap vers Singapour où il stationne à Sembawang du 30 novembre au 5 décembre.
Le transit vers la Corée se fait sous le signe du mauvais temps, et la mousson de nord-est éprouve largement le navire. L'escale de Inchon (12 au 16 décembre) sera marquée par le grand intérêt des autorités coréennes venues à bord (un intérêt qui sera par moment proche du "renseignement actif" !). Les sociétés DCN International, Pielstick et Thomson SC feront, à cette occasion, la promotion de leur matériel. Quittant Inchon, le Courbet fait route vers Hong-Kong. Sur le trajet, une cérémonie à la mémoire de l'amiral Courbet se tient à bord lorsque le bâtiment longe les îles de l'archipel des Pescadores, où mourut l'amiral le 11 juin 1885.
Après une escale de détente à Hong-Kong (20 au 24 décembre), le bâtiment relâche à Bangkok (28 décembre au 3 janvier). Un passex avec deux bâtiments thaïlandais a lieu non loin de la base de U-Tapao. Le Panther en profite pour se poser sur la plate-forme hélicoptère de la toute nouvelle frégate HTMS Rattanakosin, de fabrication chinoise.
1997 : Du Nord de l'Europe à la pointe de l'Afrique
Le 6 janvier, le Courbet rejoint le GEAOM (Jeanne d'Arc et Germinal) en transit de Port Kelang vers Manille. Le 8 janvier, le Nivôse rallie à son tour de groupe. Les quatre bâtiments font escale à Manille du 9 au 14 janvier. Se séparant du groupe à l'issue de l'escale, le Courbet rallie ensuite Pénang où il mouille du 20 au 23 janvier. Sur le chemin du retour vers la Métropole, il effectue un ravitaillement à Djibouti (2 au 4 février), puis passe Suez du 7 au 8 février.
Le Courbet est de retour à Lorient le 17 février. Un passage au bassin a lieu du 21 février au 4 mars au cours d'une période d'entretien.
Un détachement de l'aéronautique navale est créé le 1er mars 1996. La flottille 36F armera désormais le Courbet. Le 18 mars, le premier tir Crotale depuis le bâtiment croisant devant le centre d'essais des Landes, permet de valider l'installation.
Quittant Lorient, le Courbet arrive le 28 mars 1997 à Toulon, son nouveau port base. Le Courbet est affecté à la Force d'Action Navale. C'est ce même jour que, la commission supérieure d'armement ayant statué, l'état-major décide de son admission au service actif.
Du 1er au 18 avril, un stage de mise en condition opérationnelle, est concrétisé par l'attribution de la qualification opérationnelle. Le premier appontage d'un hélicoptère Super-Frelon à la mer a lieu le 16 avril. Le 12 mai, un deuxième tir Crotale, au centre d'essais de le Méditerranée, vient conclure cette période de préparation opérationnelle.
Le 26 mai, le Courbet quitte Toulon pour une mission de présence et en Atlantique, mer du Nord et Baltique.
Deux jours après son départ, et alors qu'il est en mer d'Alboran à proximité des côtes marocaines, l'équipage porte assistance au palangrier marocain Oujda en avarie de propulsion. La frégate arrive quant à elle sans encombre à Tanger le 29 mai, où elle mouille jusqu'au 2 juin. Remontant ensuite le long des côtes de France, le Courbet mouille 6 juin devant Ouistreham (Hermanville) à l'occasion des commémoration du débarquement, à l'emplacement duquel son illustre prédécesseur le cuirassé Courbet avait été coulé le 9 juin 1944 pour servir de digue de protection pour les troupes alliées.
Du 6 au 9 juin la frégate est à Caen. Après le franchissement de l'écluse de Ouistreham, le Courbet et le CMT Eridan effectuent un entraînement mutuel, puis un passex avec la frégate néerlandaise Jacob Van Heemskerk. D'autres escales ont lieu à Oslo (13 au 19 juin), Kiel (21 au 27 juin), Copenhague (28 juin au 1er juillet).
![]() Le capitaine de frégate Pierre-François Linarès. |
Le 30 juin le commandant est informé que son bâtiment est dérouté sur Brest pour participer à une nouvelle mission (Corymbe 33), le long des côtes d'Afrique occidentale, en remplacement du Germinal. Pour cette raison, l'escale de Den Helder (3 au 4 juillet), dans le cadre des "Navy's Days", est réduite de 4 jours à 1 jour et demi afin de permettre au bâtiment de rallier Brest, où il arrive le 6 juillet, pour recompléter ses stocks et embarquer du matériel.
Quittant Brest le 8 juillet, le Courbet part donc pour une mission " Corymbe 33 " de présence dans le golfe de Guinée. Après une escale technique à Dakar le 14 juillet, il relève à la mer le Germinal le 19 juillet. La mission est marquée par trois mouillages à Port Gentil (21 au 28 juillet, 2 au 11 août et 14 au 20 août), entrecoupés par un entraînement mutuel à l'évacuation de ressortissants avec le détachement du COS et le concours du Bataillon d'Infanterie de Marine (BIMA) de Port Gentil, et une patrouille devant la presqu'île de Bakassi, objet d'un différent frontalier entre le Nigéria et le Cameroun (11 au 14 août). Le 24 août, le Floréal relève à la mer le Courbet. Une dernière escale technique à Dakar a lieu le 27 août.
Le
31 août, le Courbet est de retour à
Toulon. A peine deux jours plus tard, le capitaine de frégate
Pierre-François
Linarès en prend le commandement.
Le 12 novembre 1997, le Courbet quitte Toulon pour une très longue mission qui va le tenir éloigné de la métropole pendant près de 7 mois. La première partie de la mission, Corymbe 36, le verra assurer la présence française le long des côtes ouest de l’Afrique, et notamment la surveillance des champs pétrolifères de Bakassi.
Après une première escale à Dakar du 18 et 19 novembre, il relâche à Limbé (28 novembre au 1er décembre), puis Douala (3 au 6 décembre). A l'arrivée dans ce port, une collision a lieu à quai entre le Courbet et le bâtiment frigorifique Hai Feng 827, sans toutefois faire de blessés, ni de dégats importants.
Du 9 au 12 décembre, le Courbet est à Lomé, c'est l'occasion de réaliser des exercices, à l'arrivée comme au départ, avec le patrouilleur Kara de la marine du Togo. Poursuivant sa croisière le bâtiment fait halte à Cotonou (12 au 17 décembre), Abidjan (23 décembre 1997 au 2 janvier 1998), Dakar (6 au 14 janvier), Port Gentil (22 au 25 janvier), puis Simon's Town (30 janvier au 3 février).
![]() Deux marins pêcheurs , dont un gravement blessé sont embarqués à bord et emmenés en urgence (Février 1998 - Le Journal de l'île de la Réunion). |
Le 6 février 1998, le bâtiment passe le cap de Bonne Espérance et arrive en océan Indien. Cette deuxième partie de la mission va le voir se déployer dans les TAAF (Terres Australes et Antarctiques Françaises) au golfe persique.
Hélas, il n'effectue que deux jours de patrouille en zone australe française. En effet, le jour de son arrivée dans la zone de pêche à surveiller au large de Crozet, deux marins pêcheurs , dont un gravement blessé sont embarqués à bord et emmenés en urgence (4 jours de mer à 22 nds) vers l'île de la Réunion. Ces marins pêcheurs espagnols travaillaient probablement sur l'un des navires piratant la zone, mais c'est la solidarité des gens de mer qui prévalu. Le commandant de leur navire, le Merced, aura toutefois attendu 2 jours avant de lancer un appel de détresse, ce qui donne une idée des conditions de travail de ces hommes...
En dépit de la présence au large de La Réunion du cyclone Anacelle, le transfert des patients médicalisés s'effectue en hélicoptère Panther vers La Réunion, alors que le Courbet se trouve à environ 180 nautiques de l'île. Le suivi médical, les interventions chirurgicales pratiquées conjointement par le médecin de l'unité et celui de la mission française, permettent de sauver la jambe du blessé le plus atteint.
Arrivée à La Réunion le 12 février 1998, le Courbet y stationne jusqu'au 22, avant de repartir vers Djibouti (1er au 16 mars), Koweit City (23 au 26 mars), Mascate (29 mars au 1er avril), Karachi (3 au 7 avril), Abu Dhabi (14 au 17 avril) après avoir fait un passex franco-britannique avec le HMS York le 11 avril. Le Courbet est de retour à Toulon le 30 avril 1998.
Le 19 mai 1998, le principe du parrainage de la frégate par la ville d’Angers (Maine et Loire) est agréé le par le chef d’état-major de la marine (décision n° 246 DEF/CEMM/CAB/NP).
![]() Premiers appontages de l'hélicoptère NH 90 (juillet 1998). |
Après une période de permissions bien méritées pour l'équipage, le Courbet assure, du 2 au 4 juillet 1998, la présence de la marine et l'escorte de la régate Giraglia. L'équipage participe également aux cérémonies du 14 juillet 1998 à Paris. A cette occasion le bâtiment fait l'objet d'un reportage en duplex Toulon-Paris. Il est aussi le support d'un film ECPAD destiné à promouvoir la Marine.
Du 21 au 25 juillet 1998, le Courbet prête son concours aux premiers essais d'appontage d'un prototype de l'hélicoptère NH90 au large de La Spezzia (21 au 24 juillet 1998) ainsi qu'à l'évaluation du radar de navigation MK2 Pilot de la société Celsius-Tech les 18, 19 et 24 novembre 1998. Une délégation internationale conduite par NH Industries, composé d'ingénieurs, de techniciens et des représentants des pays chargés de l'évaluation en vol du NH90 est présente à bord. Le commandant de bord étant le chef pilote d'Agusta et les copilotes, les pilotes d'essais des quatre pays partenaires : Allemagne, France, Italie et Pays Bas. Un Sea King de la Marine italienne jouant le " Pedro ".
La relève importante de l'état-major du Courbet à l'été 1998 justifie une remise en condition opérationnelle qui se déroule au cours de l'automne 1998. Une seule escale a lieu au dernier semestre, à La Valette du 30 novembre au 2 décembre 1998, ponctuée par un passex au départ avec le patrouilleur maltais P29.
Jean-Michel Roche pour Net-Marine © 2009. Copie et usage : cf. droits d'utilisation.