L'histoire du palangrier Apache devenu Le Malin


Le patrouilleur Albatros a pour
mission est de débusquer les éventuels contrevenants à la législation des pêches.
Un pirate peu coopératif

Nous sommes le 17 juin 2004, le patrouilleur austral Albatros, est en patrouille dans la zone économique exclusive australienne des îles Heard et McDonald. Sa mission est de débusquer les éventuels contrevenants à la législation des pêches. Soudain, il accroche au radar un écho.

Le contrebandier, s’aperçevant qu’il a été repéré, met cap au nord, et entre dans la ZEE (Zone Economique Exclusive) des Kerguelen. Les mauvaises conditions météorologiques et une mer démontée ne permettent pas son interception. Le 21, il est à nouveau “accroché”, mais refuse la venue à son bord d’une équipe de visite.


La légine est un poisson des grandes profondeurs antarctiques. Sa chair est très appréciée en Asie, au Japon, notamment où il se vend à plusieurs dizaines d’euros le kilo.

Le 23, l’Albatros est en vue de celui qui est identifié comme étant l’Apache, l’une de ses nombreuses identités. Le capitaine fait toujours preuve de mauvaise volonté. Le préfet de la Réunion autorise alors le patrouilleur à effectuer des tirs de semonce.

L’Apache, battant pavillon du Honduras, obtempère à l’ordre de stopper.

L'équipe de visite de l'Albatros monte à bord. Dans les cales, on y découvre 60 tonnes de légine illicitement pêchée. La légine est un poisson des grandes profondeurs antarctiques. Sa chair est très appréciée en Asie, au Japon, notamment où il se vend à plusieurs dizaines d’euros le kilo.


Le palangrier
Apache lors de son arraisonnement par l'Albatros.
L'équipage de l'Apache est composé de 8 espagnols et de 32 indonésiens, chiliens et uruguayens.

Escorté par l’Albatros, le pirate est contraint de mettre le cap sur la Réunion où il arrive le 1er juillet. L’interception de l’Apache est le résultat d’une coopération étroite entre l’Afrique du Sud et la France, des contrôleurs de pêche sud-africains avaient été embarqués près de l’île Marion. Le chef de l’État, Jacques Chirac, adressera le 29 juin, ses félicitations au commandant et à l’équipage de l’Albatros, après l’arraisonnement de l’Apache.

Mais d'où vient l'Apache ? ... un pirate aux multiples identités

L’Apache a commencé sa carrière en janvier 1997, date à laquelle il a été lancé au chantier polonais de Gdansk. Sous le nom de Caroline Glacial, il est la propriété de l’armement Crown Hill Chartering AS et Glacial Shipping SA; Il bat alors pavillon du Panama. En février 1998, le Caroline Glacial est aperçu déchargeant de la légine à Maurice. Il opère de concert avec trois autres pirates Christina Glacial, Alida Glacial et Aliza Glacial, intercepté par les autorités australiennes en 1997.

Les quatre unités sont armés par un norvégien, Magna Hisdal. Caroline, Christina et Alida Glacial sont dans un premier temps redéployés dans les eaux russes puis abandonnés à Bergensbanken et finalement vendus à Pusan en 2003 à la compagnie Harald Kongshan Longliners AS.


Le palangrier
Apache lors de son arraisonnement par l'Albatros.

En juin 2003, Seaport rachète le Caroline et le Christina Glacial. Ils sont rebaptisés respectivement America n°1 et American Warrior. Ils battent alors pavillon américain avec comme port d’attache Seattle. En septembre 2003, le America n°1 tout frais sorti d’un carénage franchit la passe de Sainta Eugenia de Riveira, en Espagne. Le mois suivant, il est vu au sud de l’Argentine. Il arrive à Dunedin le 15 février 2004, au terme de son premier voyage dans la mer de Ross.

On retrouve le America n°1 en avril 2004 à Montevideo où il a pris le nom d’Apache sous pavillon du Honduras avec comme armement Staplefield Investments “officiellement” logé au Panama.

2004 : Un dossier juridique complexe

A la différence des premiers pirates que l'Albatros arraisonnaient dans les Terres Australes et Antarctiques Française (TAAF) au milieu des années 80, l'Apache est loin d'être un navire poubelle, il est même parfaitement entretenu, et dispose des moyens les plus modernes de communication et navigation par satellite. Ayant navigué récemment sous pavillon américain, il possède également des matériels de sécurité aux normes. C'est un navire récent et robuste, conçu pour naviguer dans des mers de glace.

L'Apache est saisi dès son arrivée au Port, et gardienné à la Réunion par le service des Domaines (ministère des Finances). Son sort est remis entre les mains de la justice. Il est loin le temps où les contrebandiers pillait en toute impunité les ressources des TAAF. On se souvient du taiwanais Ying Mao Hsiang arraisonné en 1996, et qui avait écoppé d'une amende ridicule de 15 000 francs ! Mais, depuis septembre 1997, de nouvelles dispositions plus contraignantes de la loi sur la pêche illégale dans les TAAF ont été adoptées par l'Assemblée Nationale.

En août 2004, un premier procès s'ouvre au tribunal correctionnel de Saint Denis. Des armateurs de La Réunion semble un temps intéressé par l'achat du navire, mais c'est la marine nationale qui se montrera lA plus intéressée. Pourtant, la complexité juridique du dossier fait que plus d'un an sera nécessaire avant de voir son aboutissement.

L'armateur de l'Apache, audiencé le 28 avril 2005 par le tribunal de Saint Denis, fait l'impossible pour défendre son bien. Un avocat du barreau de Marseille défend le point de vue qui consiste à considérer la confiscation de l'Apache comme illégale, car assimilable à une mesure de prison. Mais les jugent ne s'y trompent pas, et confirment en appel le 23 juin 2005 la confiscation du navire par l'État. La transaction entre la Marine et le ministère des finances, négociée par le ministère de la défense, est conclue le 7 septembre 2005.

Coté justice, l'affaire n'en restera pas là puisque l'armateur fera à nouveau appel, cette fois, auprès de la Cour de cassation qui annulera le précédent jugement « la justice ne pouvant pas confisquer le navire et infliger des amendes ». Il faudra attendre le 15 novembre 2007 (sic), pour que la cour d’appel confirme la confiscation décidé en première instance, épilogue d’un feuilleton qui durera plus de trois ans. La marine nationale est bien propriétaire de l’Apache.

Le cas de l’Apache n’est toutefois pas une première. En effet, le patrouilleur des affaires maritimes Osiris, basé à La Réunion, est lui-même un ancien contrevenant. Arraisonné par la frégate Nivôse en janvier 2003, le palangrier congélateur, qui s’appelait alors Lince, a été remis au ministère des Finances six mois plus tard.


Le Malin à quai à La Réunion peu avant son départ pour Toulon.
Fin septembre (le 28 ? à confirmer), le chef d'état major de la Marine décide que l'Apache sera renomLe Malin, du nom du contre-torpilleur (1931-1964) qui s'illustra au cours de la seconde guerre mondiale et en Indochine.

2005 : Le futur bâtiment du Commando Hubert

Durant son séjour à La Réunion, Le Malin est placé en armement pour essais. Son équipage, affecté à Toulon pour une durée d’un an, rallie le bâtiment à La Réunion. Le 15 novembre 2005, le commandant de la Marine à La Réunion fait reconnaître le capitaine de corvette Stanislas Guillier comme premier commandant du Malin.

Le "Journal de l'île de la Réunion", nous signale, dans son édition du 16 novembre, qu'il sera, après transformation, utilisé comme bâtiment de soutien à la plongée. Il remplacerait alors le BSNC Poseidon comme bâtiment base du Commando Hubert. Le Malin participera également aux entraînements nautiques des forces de fusiliers marins et prendra part à des opérations menées dans le cadre de la surveillance des approches du littoral.

Début janvier, un un stage de mise en condition de trois jours à quai et trois jours à la mer, est supervisés par le capitaine de frégate Baltardive et le lieutenant de vaisseau Thomann, tous deux officiers à la Division entraînement de la Force d'Action Navale venus spécialement de métropole. Ce stage est validé par une qualification élémentaire, qui permet de naviguer en toute sécurité, l’équipage étant capable de réagir efficacement face à un incendie ou à des attaques extérieures.


Le Malin arrive à Toulon, son nouveau port base. La presse et les anciens du contre-torpilleur étaient conviés à cet événement.

2006 : Le Malin rejoint Toulon

Le Malin appareille le 12 janvier de Port-des-Galets, à destination de l'île Maurice, où il fait l’objet d’un certain nombre de travaux. Il y est notamment repeint en blanc.

Le bâtiment de soutien à la plongée (BSP) repasse à La Réunion puis, après un transit de quatre semaines depuis l'île de la Réunion, rejoint son port base de Toulon le 13 mars 2006. Le vice amiral d'escadre Philippe Sautter, commandant la Force d'Action Navale, l'accueille depuis le chasseur de mines tripartite Orion. Les remorqueurs de la base navale Bélier et Bison se chargent du rituel des jets d'eau pour honorer ce nouveau venu dans le port du Levant.

Le vice-amiral d’escadre Philippe Sautter, commandant la force d’action navale, remet le 23 juin au bâtiment la fourragère 39-45, marquant ainsi sa filiation directe au croiseur léger Le Malin. Cette cérémonie a été précédée d’une revue des troupes en présence d’une délégation d’anciens marins du croiseur léger Le Malin, plus célèbre bâtiment ayant porté ce nom.

Le BSP Le Malin, quatrième du nom, est commandé par le capitaine de corvette Stanislas Guillier depuis le 15 novembre 2005. Il a rejoint son port base de Toulon le lundi 13 mars 2006. Cette nouvelle unité de la force d’action navale (FAN) est essentiellement destinée au soutien des activités de plongée. Le Malin participe également aux entraînements nautiques des fusiliers marins et prend part à des opérations de surveillance des approches du littoral.

Du 29 septembre au 13 octobre, le bâtiment participe à l'exercice Brillant Midas en Méditerranée occidentale. Cet exercice maritime et amphibie majeur rassemble pas moins de 30 bâtiments de surface, 6 sous-marins, 35 aéronefs et plus de 5000 militaires venus de 10 pays différents. Il permet de certifier la marine espagnole qui prendra, en janvier, le commandement de la composante maritime de la force de réaction rapide maritime de l’OTAN (Nato Response Force – NRF), dont la France fournira la composante amphibie. Les bâtiments français engagés sont le BPC Mistral, les frégates Jean Bart et Guépratte, le BCR Marne, le BTS Bougainville, les chasseurs de mines Lyre et Capricorne, ainsi que le BSP Malin.

Pour en savoir plus :
Les caractéristiques principales
Les bâtiments ayant porté le nom de Malin
Une collection de photos
 
Les commandants du BSP Malin
Capitaine de frégate Stanislas Guillier 15 novembre 2005
Lieutenant de vaisseau Jean-Paul Mellaza 30 juillet 2008

Jean-Michel Roche pour Net-Marine © 2008. Copie et usage : cf. droits d'utilisation. Sources : Le Journal de l'Ile de La Réunion, Communiqués de presse Marine nationale, Le Marin, Imaz Presse Réunion, Sextan Pêche, Magazine Témoignages, Mer & Marine, Rapport de la 23e commission sur la convention sur la conservation de la faune et la flore marines de l'Antarctique.


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