Gabriel Ducuing
Gabriel Ducuing naît à Paris le 25 décembre 1885. Se destinant à la Marine marchande,
il embarqua comme pilotin, aussitôt après son baccalauréat, sur le trois-mâts
Cérès, puis sur des paquebots, et fait son service militaire en 1907 comme matelot
sur le Brennus et sur le Bouvet.
Lieutenant au long cours en 1908, capitaine au long cours en 1911, il navigue
successivement sur treize paquebots tout en trouvant le temps d'apprendre quatre
langues étrangères et de faire sa licence en droit qu'il termine brillamment en
1913. Il embarque alors, pour la première fois, comme second capitaine sur un
paquebot qu'il quittera en juillet 1914 pour s'engager dans les chasseurs à pied.
Nommé sous-lieutenant en décembre, il ne peut supporter la vie statique des tranchées
et passe dans l'aviation comme officier observateur. Breveté pilote en juillet
1915, il revient dans la Marine qui lui a donné une commission d'enseigne de vaisseau
auxiliaire.
Affecté à l'Aviation maritime de Dunkerque puis de Venise, il se fait tout de
suite remarquer par ses brillantes qualités de meneur d'hommes.
Fait chevalier de la Légion d'honneur en janvier 1917, il est envoyé de nouveau
à Dunkerque comme second du Centre d'Aviation maritime. Mais trouvant ce poste
insuffisamment " combattant ", il passe dans les ballons comme observateur et
prend le 1er octobre, le commandement du Centre du Havre où il reste jusqu'en
juillet 1918. Nommé lieutenant de vaisseau de réserve, il est alors détaché en
raison de son passé d'avant-guerre, comme officier de liaison auprès du sous-secrétaire
d'Etat à la Marine jusqu'à sa démobilisation en 1919.
Ne reprenant pas la navigation, il devint armateur. Mais, marqué par la guerre,
il reste un officier de réserve particulièrement actif.
Le 9 juillet 1925, répondant à l'appel passé dans la presse par le délégué général
de l'Union national des officiers de réserve, il réunit quelques camarades pour
former, au sein de cette union, la 5ème commission qui les voeux des marins au
congrès de Belfort.
Et c'est à l'issue de cette réunion que se tient l'assemblée générale constitutive
de l'ACORAM, dont il est naturellement élu président, et qui adhère aussitôt à
l'UNOR.
La même année, le lieutenant de vaisseau Ducuing est élu vice-président de l'UNOR.
Lorsqu'en 1929, il fait la connaissance du président de la jeune Union des marins
combattants de Paris, celui-ci lui demande d'apporter son appui à la réunion des
anciens marins et au resserrement des relations qui commencent à se nouer entre
les associations existantes.
Et c'est ainsi que naît, le 23 février 1930, la Fédération des amicales de marins
anciens combattants (FAMMAC).
Ensuite Ducuing attire l'attention de la Marine sur le fait que rien n'existe
pour l'instruction des officiers mariniers de réserve et obtient pour eux la création,
en décembre 1931, de cours de perfectionnement. Il fait alors appel à tous les
délégués régionaux de l'ACCORAM pour stimuler les inscriptions à ces cours.
En avril 1932, il est promu capitaine de corvette.
La FAMMAC ayant l'honneur de fournir pour la première fois, le 11 novembre 1933,
le service d'ordre de la veillée sous l'Arc de Triomphe, le commandant Ducuing,
l'organise de façon telle que le Comité de la Flamme le félicite chaleureusement
et adopte, pour les années à venir, le dispositif et le cérémonial qu'il a mis
au point.
Atteint par la limite d'âge en 1934, il obtint naturellement d'être maintenu dans
la réserve jusqu'en décembre 1942, extrème limite permise.
Au début de septembre 1939, le commandant Ducuing prend le commandement de la
redoute de la Croix Faron.
Mais, à la fin de janvier 1940, l'amirauté française est amenée pour assurer la
surveillance du passage libre le long de la côte française du Pas-de-Calais, à
organiser un poste de défense à Gris-Nez.
En mars, alors qu'il vient d'être mis au tableau d'avancement, on propose au commandant
Ducuing d'organiser et de commander ce poste de défense. Il accepte par télégramme
" avec joie et reconnaissance ", et prend immédiatement ses fonctions.
Mais l'installation, retardée pour diverses raisons, est à peine terminée au moment
de l'offensive allemande. La défense aérienne est assurée par un affût double
de 37 et quatre mitrailleuses de 13,2. Le commandant Ducuing a sous ses ordres
trois officiers et une centaine d'hommes qui ont comme armement individuel vingt
fusils et six revolvers.
Le 2 mai, le commandant Ducuing organise au carrefour du moulin d'Audinghen un
poste de résistance avancée dont il prend personnellement le commandement, laissant
son second au sémaphore, avec un officier.
Le 23, il réquisitionne une automitrailleuse du 12ème Cuirassier, un canon de
25 antichars, deux officiers et deux douzaines de soldats ayant trois fusils-mitrailleurs
et quelques fusils, qui passent à proximité, se repliant vers le sud.
Le 24 au matin, il est pratiquement encerclé et toutes ses liaisons téléphoniques
sont coupées. A 11h30 un peloton de side-cars ennemi débouche à faible allure.
Un matelot, qui se trouve seul à la mitrailleuse de 13,2, le laisse approcher
à moins de 200 mètres et le fauche en entier à bout portant.
Le canon de 37 fait subir le même sort à une première automitrailleuse. Un char
léger et une seconde automitrailleuse , arrivant à 12h30, sont bloqués et incendiés,
à 200 mètres, par le canon de 25.
Profitant de l'accalmie qui suit, le commandant Ducuing fait chercher par ses
hommes la première automitrailleuse qu'il place au place au milieu du carrefour
avec deux fusils-mitrailleurs. Mais se sentant incapable de résister dans ce poste
avancé du moulin à une attaque de chars qu'il juge imminente et n'ayant plus que
trente cartouches par homme et cent cinquante coups de 25, il décide de concentrer
la défense sur le poste de Gris-Nez.
Au même moment, on lui signale l'arrivée à la plage de 22 rescapés du Chacal dont
dix blessés. Dans la soirée, un officier allemand se présente et lui demande de
se rendre. Le commandant Ducuing lui répond que, chargé de défendre Gris-Nez,
il exécutera les ordres reçus. L'officier l'informe que, dans ce cas, les Allemands
attaqueront dans la nuit où au lever du jour. Mais les deux premiers chars ayant
été repoussés vers 22 heures, la nuit reste calme.
A partir de 4 heures du matin, le commandant Ducuing assure l'évacuation par un
groupe de dragueurs des rescapés blessés du Chacal.
En même temps, des mines antichars sont disposées tout autour du poste.
A 6h30, le sémaphore signale qu'une dizaine de tanks, rassemblés au carrefour
du moulin, se mettent en marche vers le poste avec 150 hommes groupés par 15 autour
des chars.
Le commandant Ducuing les laissent approcher et ouvre le feu avec les pièces de
37. Les Allemands ripostent avec des obus fusants.
A 9 heures l'ennemi n'étant plus qu'à 200 mètres et les défenseurs de Gris-Nez
n'ayant plus de munitions, le commandant Ducuing fait détruire mitrailleuses et
canons et donne à tout le personnel l'ordre de se replier vers la falaise ouest.
Refusant de se laisser entraîner par son maître d'hôtel, il prend en main une
mitrailleuse et demande un pavillon au maître canonnier auquel il dit adieu en
lui ordonnant de rejoindre les autres.
Le maître fait semblant d'obéir et, s'étant caché, voit le commandant Ducuing
se diriger vers le mât de pavillon, poser son arme, se découvrir, hisser les couleurs,
puis reprendre la mitrailleuse.
A ce moment, une rafale allemande oblige l'officier marinier à se coucher. Quand
il se relève, il voit le commandant étendu à terre, immobile.
C'est fini! Le capitaine de corvette Ducuing, ce grand rassembleur d'hommes est
mort seul! Pour lui rendre hommage la Marine, faisant exception à la règle interdisant
les promotions à titre posthume, le nomme capitaine de frégate à compter du 24
mai.
Extrait de :
Des noms sur la mer
(Edition ACORAM 15, rue
Laborde 75008 Paris)