Construit
aux chantiers Dubigeon à Saint Nazaire au titre de la loi de programme
du 2 septembre 1939, l'aviso Commandant Amyot d'Inville fut le dernier de la
série des avisos dragueurs. Mis sur cale en 1939, les allemands le
trouvent inachevé en 1940 et décident de poursuivre sa construction
pour leur compte. Il est finalement récupéré inachevé
lors de la réoccupation de la poche de Saint Nazaire.
Entré en service en 1947, cet aviso fit sa première traversée du 27 décembre 1947 au 5 janvier 1948 sur le trajet Lorient - Oran - Bizerte et la recette en fut prononcée le 8 janvier 1948. Admis au service actif, il se voit sous le commandement du capitaine de corvette Rieu confier comme première mission l'escorte de quatre dragueurs : Capucine, Marjolaine, Digitale, Balsamine vers l'Océan Indien. Deux mois plus tard c'est l'arrivée à Saïgon. La traversée s'est passée sans trop de problèmes, si ce n'est un échouage sans dommage dans le canal de Suez, dû à une avarie de barre.
Affecté
aux Forces Maritime d'Extrème Orient, au sein de la 9ème division
d'avisos, il prend part à l'opération Huron au cours
de laquelle il met à terre puis rembarque le Commando Hubert à
Nha-Be (14 juin 1948). Il participe ensuite à la surveillance maritime
dans le Golfe de Siam, puis à l'opération Go-cong dans le Bas
Mékong, au début du mois de mars 1949. Il exerce son activité
de surveillance jusqu'à la fin du moi de mai 1949, arraisonnant notamment
37 jonques, il en saisit trois et en coule deux sur les côtes d'Annam
et du Golfe de Siam. Ces patrouilles durent en général de 1 à
2 mois et sont entrecoupées de 10 à 15 jours de repos et de remise
en état à Saïgon. De juin à Septembre, il coule encore
neuf jonques et cinq sampans et fait 21 prisonniers. Il saisit également
50000 piastres. A partir du mois d'août 1949, le Commandant Amyot d'Inville
est affecté à la surveillance maritime dans les eaux du Tonkin.
Le 27 septembre 1950, au cours d'une courte traversée, il est victime d'un attentat dans lequel son commandant, le capitaine de corvette Aubin trouve la mort. Le bâtiment avait à son bord pour cette courte traversée une femme agent Viet-Minh. Celle-ci avait été logée à l'infirmerie et avait dans ses bagages des explosifs. Dans des conditions que l'on ignore encore, ils explosèrent causant la mort de l'agent Viet-Minh et du Commandant Aubin qui se trouvait dans son carré au-dessus de l'infirmerie. La coque babord avant fut largement éventrée. Le batiment subit une réparation provisoire à Saïgon et fut envoyé en grand carénage à Uraga au Japon. Les travaux se prolongèrent jusqu'au début de 1952 puis le Commandant Amyot d'Inville revenu en Indochine, y poursuivit son activité de surveillance maritime.
Cette
participation des bâtiments à la guerre d'Indochine comportait
essentiellement :
On
peut noter à ce sujet que le Commandant Amyot d'Inville était
initialement doté de 2 canons de 105 mm ex-allemands. Le Commandant
de Pimodan, bâtiment du même type, avait le même armement.
Or, il advint que ce dernier, trop chargé dans les hauts, faillit chavirer.
On remplaça donc le canon de 105 mm de l'avant par un canon de 40 mm.
Cela n'empêchait cependant ces bâtiments de rouler jusqu'à
60° de gite, sans rappel immédiat.
En
juin 1953, le Commandant Amyot d'Inville fut désigné pour
représenter la marine aux fêtes du centenaire de la présence
française en Nouvelle Calédonie. Quelques escales agréables
marquèrent cette traversée : Port Moresby en Nouvelle Guinée,
Sydney... Une fois à Nouméa, on confia au Commandant Amyot
d'Inville une mission très particulière qui consistait à
aller rechercher l'épave d'un petit bâtiment en bois qui avait coulé antre les
Loyauté et la Nouvelle-Calédonie.
En octobre 1954,
l'armistice est signée et après une dernière mission de présence
dans le Golfe du Tonkin, le bâtiment rentre en France accompagné
d'un escorteur. Arrivé à Toulon, à la suite d'un petit
carénage, le bâtiment est désarmé et rentre en réserve.
Très courte période d'inactivité puisqu'il réarme
en novembre 1955 sous le commandement du capitaine de frégate Leporcq,
chef de la 5ème division d'avisos.
Début
1956, le Commandant Amyot d'Inville rallie Alger et se joint au groupe de
bâtiments assurant la surveillance maritime sur les côtes d'Algérie.
Il effectue ainsi 44 missions en moins d'un an, en particulier il participe
au transport d'Oran à Nemours du drapeau de la demi-brigade de Fusiliers
Marins.
A la dissolution de la 5ème DIVAVI, le Commandant Amyot d'Inville se rend à Brest où il est affecté à la 1ère Division d'Avisos. Il y effectuera de nombreuses sorties d'entraînement pour le compte de l'Ecole Navale, des Elèves Officiers de Réserves et de l'Ecole des Mousses.
Caractéristiques
de l'Amyot d'Inville
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C'est à cette époques en 1957 que l'on prit les dernières mesures tendant à améliorer sa stabilité : débarquement du canon de 40 mm placé à l'arrière, limitation de l'approvisionnement du gazole et du nombres de munitions.
Cette période d'activité le conduit dans de nombreux ports européens au cours des corvettes faites pour les élèves de l'Ecole Navale. Voici d'ailleurs le Commandant Amyot d'Inville décrit par son avant dernier Commandant le contre-amiral Jaouen :
"Juin 1962
- Juillet 1963. Ce bref commandement fut tout juste suffisant pour faire connaissance
avec le Commandant Amyot d'Inville et l'éprouver dans les conditions
de navigation les plus variées où l'entraînait sa qualité
de bâtiment-annexe de l'Ecole Navale.
Petit bâtiment de 75 mètres de long, vu de la passerelle, son arrière
paraît tronqué et cependant sa silhouette est assez élancée.
Il y a deux lignes d'arbres mues par des diesels à renversement de marche
: pour battre en arrière, on doit les stopper puis les lancer en arrière.
Cela donne des temps morts de manoeuvre qui paraissent terriblement silencieux
et le redémarrage est toujours accueilli avec soulagement. Il suffit
d'en tenir compte et les manoeuvres les plus difficiles restent quand même
possibles.
Ce type de bâtiment a, d'autre part, la réputation d'être
chavirable bien que ce ne soit jamais arrivé à aucun mais plusieurs
ont cru le faire, engagés à des angles de gites supérieurs
à 60° sans redressement instantané. Il faut également
en tenir compte. Ils ont, par contre, une caractéristique plus attrayante
: les appartements du commandant sont d'un grand confort, avec un parquet à
bois de chevrons, ce qui les fait adopter bien souvent pour les repas officiels
par le Commandant de l'Ecole Navale.
Le Commandant Amyot d'Inville m'a toujours été très fidèle,
répondant toujours à ce que j'attendais de lui. Il formait avec
le Pimodan, la "petite classe" quand il naviguait de conserve avec
les autres bâtiments annexes qui étaient des escorteurs rapides.
Un de mes meilleurs souvenirs fut de participer, en Mer Baltique, en présence
de bâtiments soviétiques, à un exercice d'évolution
dont les signaux étaient transmis sous un code que "la petite classe"
ne détenait pas. Le commandant du Pimodan ni moi-même n'avons rien
dit et avons deviné toutes les évolutions jusqu'à la dernière
qui était incompréhensible. Nous avons alors avoué notre
défience. Il est à noter que les bâtiments soviétiques
évoluaient également presque aussi bien que nous.
Ayant conduit le Commandant Amyot d'Inville à travers mille chenaux bretons
et fjords de Norvège, je l'ai quitté bien à regret."
Placé en réserve spéciale B, le 18 août 1964, l'aviso Commandant Amyot d'Inville fut condamné par arrêté ministériel du 15 juillet 1966.
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Les commandants
de l'aviso dragueur colonial Amyot d'Inville
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Citation |
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Saïgon le 3 août 1951, Le Vice Amiral Ortoli, Commandant les Forces Maritimes d'Extrème-Orient cite à l'ordre du Corps d'Armée l'Aviso Commandant Amyot d'Inville. "Sous
les commandement successifs des capitaines de corvette Rieu, Majoyer,
Maget et Roux a effectué des opérations fructueuses de surveillances
en mer ayant abouti à la destruction de plusieurs centaines de
tonnes de jonques rebelles et à la capture d'armes, de matériel
et de ravitaillement au cours des 850 journées de mer représentant
un parcours de plus de 75000 nautiques dans les eaux indochinoises entre
le 1er février 1948 et le 1er juin 1951. |
(Jean-Michel Roche pour Net-Marine 1999, mise à jour 20/08/2006. Ces pages ont pu être écrites grâce au travail de grande qualité réalisé en juin 1983, d'après des documents du SHM, par le capitaine de frégate Félix Mauguen et l'équipage de l'Amyot d'Inville que je remercie. Les photographies qui illustrent ces pages ont été prises par le commandant Roger Maget, ancien commandant de l'aviso-dragueur colonial Amyot d'Inville avec un Zeiss-Ikon et un Agfa Karat 36. Elles ont été remises le 15 juillet 1987 au commandant Estellon de l'aviso Amyot d'Inville, par M. Alain Maget, fils aîné du commandant Roger Maget)