Le missile M51
Afin de garantir la crédibilité de la dissuasion à l'horizon 2030, notamment dans l'hypothèse d'un renforcement des défenses antimissiles balistiques, il a été décidé de lancer un nouveau programme de missile balistique en 1992. Le concept initial, le M 5, très ambitieux et tout aussi coûteux, a été revu en février 1996, sur décision du Président de la République, pour donner naissance au projet M 51.
Ce nouveau missile se substitue au missile M5 dont l'étude et le développement ont été abandonnés. Il a des capacités en portée et en pénétration accrues par rapport au M45. Sa structure en carbone-résine polymérisée particulièrement légère peut résister à des environnements extérieurs très variés et à une pression interne pouvant dépasser 130 bars. La tuyère du 1er étage résiste à une température d'environ 3 000 degrés. Il développe une poussée 4 fois plus importante qu'un Airbus à pleine puissance.
L'étude et la réalisation du porteur ont été confiées à la SEREB (Société d'étude et de recherche des engins balistiques), la maîtrise d'oeuvre restant à charge de EADS/Aérospatiale (Direction des engins - DEn). La tête nucléaire, quant à elle, est issue des recherches du Commissariat à l'énergie atomique (Direction des applications militaires - CEA/DAM). Son développement a coûté 5Mds d’euros et le prix d’achat des missiles par l’armée française est estimé à 3Mds pour la durée de vie du programme. Les autres principaux sous-traitants sont SAGEM, SODERN, THALES, CNIM, DCN.
Pour disposer d’un missile de portée intercontinentale, il a fallu accroître sa masse de l’ordre de 50 % dans un volume contraint afin de ne pas engendrer des modifications lourdes. Ceci a conduit notamment à utiliser des matériaux composites à base de fibres de carbone pour réaliser la structure des propulseurs et la coiffe qui protège la charge utile. Le remplacement des vérins hydrauliques par des vérins électriques permette une maintenance allégée et un encombrement réduit. De plus la coiffe du missile a été redessinée pour obtenir un coefficient hydrodynamique optimal. L'architecture comprend trois étages propulsifs.
Sa propulsion est identique à celle des « boosters » (moteurs auxiliaires) de la fusée civile Ariane 5. Il s'agit d'un carburant solide (perchlorate d'ammonium), qui se présente sous la forme d'une gomme noirâtre. Chaque sous-marin embarque seize missiles stratégiques. Au total, entre cinquante et soixante engins devraient être construits.
Calendrier :
Novembre 2000 : Le groupe EADS et le GP2 (Groupe pour la propulsion à poudre : Snecma moteurs et SNPE) ont signé au mois de un projet de contrat relatif à la poursuite du développement du missile M51.
Deux tirs de maquettes inertes ont eu lieu en 2004.
Le 21 décembre 2004, le ministère de la défense a notifié au groupe EADS la mise en production du nouveau missile nucléaire M51 destiné à être embarqué à partir de 2010 sur les sous-marins stratégiques de nouvelle génération.
9 novembre 2006 : Le premier tir d'essai du nouveau missile stratégique M51 est effectué avec succès. A 9 h 52, au milieu des dunes couvertes de pins du Centre d'essais des Landes, un engin de 56 tonnes s'est élevé dans le ciel. Direction l'Atlantique plus précisément un « carreau » au large des côtes américaines qu'il a atteint environ un quart d'heure plus tard, après être rentré dans l'atmosphère à une vitesse de Mach 25. Le vol a été suivi de bout en bout par les moyens d’essai de la DGA à partir du centre d’essais de lancement des missiles à Biscarosse et du bâtiment d’essais et de mesures Monge.
Ce missile sera opérationnel en 2010 et sera mis en oeuvre sur Le Terrible, puis sur les 3 premiers de la série du Triomphant après refonte de ceux-ci, en remplacement du M45.
Il sera équipé d'un tête TNO à partir de 2015. Le nombre de tête pourrait être réduit de 6 à 4.