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Une
histoire de la guerre électronique navale
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L'importance de la Guerre Electronique Navale prend tout son sens en 1967, durant la guerre des six jours lorsque la frégate israélienne Eilath est détruite par deux missiles anti-navires Styx de fabrication soviétique.
![]() Le missile antinavires Styx de fabrication soviétique. |
Six ans plus tard, lors de la Guerre du Yom Kippour entre Israël, l'Égypte et la Syrie, ont lieu les premiers combats navals entre deux flottes ennemies équipées de missiles anti-navires. La flotte Israélienne est alors équipée de ses premiers missiles antinavires Gabriel et l'Egypte et la Syrie du désormais fameux SSN-2 Styx. Le Styx soviétique dispose alors d'une portée de près du double de celle des missiles Gabriel, et pourtant ce sont les corvettes rapides Osa et Komar arabes qui coulent ou se voient obligées de rentrer au port, tandis que les 14 corvettes rapides de type Saar I, II, III et IV de la Marine israélienne n'ont à déplorer aucune perte majeure.
La raison en est simple, dès la fin des années 60, les ingénieurs et tacticiens israéliens ont compris que leurs bâtiments auraient à survivre à l'attaque de multiples missiles simultanément. La signature radar des corvettes Saar a donc été diminuée grâce à une amélioration des formes et la pose de matériaux absorbant radar sur les superstructures et la mâture.
![]() L'amélioration des formes et la pose de matériaux absorbant radar abouti à la conception de la corvette Saar V actuelle, un des bâtiments les plus aboutis, avec les frégates de classe La Fayette, sur le plan de la discrétion radar. |
De
plus, plusieurs tactiques de Guerre Electronique ont été développées. Ainsi,
en préventif, le tir de leurres à paillettes longue portée provoquait
le tir ennemi sur de fausses cibles. Cette tactique est appelée "confusion".
Elle a nécessité le développement de techniques de renseignement électronique
passif (MRE) et l'amélioration des performances des radars pour disposer d'un
préavis suffisant sur la position des forces ennemies.
En dernier recours, les petits bâtiments israéliens faisaient route droit
sur le missile ou le bâtiment qui l'avait tiré, sans changer de cap, tout
en lançant séquentiellement des leurres à courte distance, afin de provoquer
ce que l'on appelle un "effet centroïde" sur le guidage radar du missile assaillant.
Cette tactique, très efficace, fait toujours et plus que jamais partie du
panel d'action de la Guerre Électronique Navale moderne. Ainsi, par cette
combinaison de furtivité radar et de tactiques, innovantes pour l'époque,
à base de leurres à paillettes, les Israéliens sortirent vainqueurs de
tous les conflits maritimes de la Guerre du Kippour.
Cette logique n'a jamais été remise en cause en Israël. Elle a abouti à la conception de la corvette Saar V actuelle, un des bâtiments les plus furtif, avec les frégates de classe La Fayette, sur le plan de la discrétion radar.
![]() Les Exocet purent être lancés à des distances de 40 à 50 km, hors de portée des radars britanniques. Le bilan fut dévastateur.. |
Le conflit des Malouines en 1982 ne fit qu'amplifier ce phénomène. En effet, si l'armement et la technologie étaient largement en faveur des anglais, il y avait une exception de taille : les Argentins disposaient de 5 missiles français Exocet AM39 portés par des Super-Etendard. Ces missiles ont pu être lancés à des distances de 40 à 50 km, hors de portée des radars britanniques. Le bilan fut dévastateur.
Le premier Exocet tiré toucha le destroyer Sheffield, provoquant des dégâts tels que le bâtiment dû être coulé. Les deux Exocet suivants ont coulé le transporteur Atlantic Conveyor, sans doute après avoir été détournés par les leurres à paillettes largués pour protéger le porte-avions Hermès qui avait été pris pour cible. Le quatrième a atteint le croiseur Glamoran, détruisant la plage arrière du bâtiment. Enfin, le dernier Exocet tiré est allé se perdre en mer. Il a certainement été heureux pour les forces britanniques que les Argentins, suite à l'arrêt des livraisons d'Exocet, décidé par la France, n'aient disposé que de cinq missiles AM39 ... Ce conflit a conduit à envisager l'autodéfense antimissiles des bâtiments comme une combinaison de tous les moyens possibles : missiles anti-missiles, canons, brouilleurs, leurres, en coordonnant le tout par un système fédérateur.
Il est primordial de bien connaître la menace dont la complexité va croissant, en associant à cette expertise la définition de moyens de lutte toujours plus innovants. La discrétion radar en fait partie. II est de nos jours inacceptable pour un bâtiment de combat qu'un missile antinavires isolé pénètre ses défenses, hard-kill (missiles anti-missiles, canons) ou softkill (GE : leurrage, brouillage), comme ce fut le cas pour le Sheffield. Opérationnellement, la furtivité radar des bâtiments se place donc désormais parmi les plus importantes caractéristiques actuelles dans la définition d'un bateau. En effet, le tir et le guidage d'un missile nécessitent sa détection, sa classification et sa poursuite. Un bateau à faible signature radar limite la portée de détection des systèmes de conduite de tir et de désignation d'objectifs, rend plus délicate sa classification en tant que cible potentielle, et améliore considérablement l'efficacité des contre-mesures face à un autodirecteur de missile.