Les
bâtiments ayant porté le nom de Nivôse
Le premier Nivôse
de notre marine fut une chaloupe canonnière (1795-1797), ex Saint-Marie,
portant trois canons de 24.
Le 10 fructidor An III (été 1795), le Nivôse en patrouille sur la côte Ligure
est attaqué près de San Remo par deux frégates et un brick anglais ; il se réfugie
dans l'anse de San Lorenzo al Mare et résiste victorieusement, sans subir aucune
perte, à quatre heures de canonnade. Après le départ de la division anglaise,
il rallie Oneglia (à une quinzaine de milles dans le N.E. de San Remo).
Huit jours plus tard, sur l'ordre du représentant en mission Chiappe, le Nivôse
capture dans la rade de Porto Maurizio (entre Oneglia et San Remo) un brick
génois soupçonné de contrebande d'armes, mais transportant en fait 80 émigrés,
prêtres et religieux. Il ramène ce bâtiment et ses passagers à San Remo, puis
à Nice.
En 1796, le Nivôse exécute trois autres missions de patrouille côtière, appareillant
alors avec un ou deux mois de vivres et un équipage de 50 à 60 hommes. Il est
chargé aussi de missions de transport (1 en 1795, 1 fin 1796, 1 début 1797)
; il n'a alors que 16 à 28 hommes d'équipage et ne part qu'avec 8 à 15 jours
de vivres.
Sa dernière mission connue est d'ailleurs une courte mission de transport pour
laquelle il avait appareillé de Toulon le 17 janvier 1797.

Un sous-marin à moteurs diesel (1907/12-1921). |
Le deuxième Nivôse,
un peu plus d'un siècle plus tard fut un sous-marin à moteurs diesel
(1907/12-1921), le troisième de la série des seize Brumaire du programme 1906.
Mis en chantier à Cherbourg en 1907, lancé le 6 janvier 1912 et entré peu après
en service, sa carrière, à part quelques ennuis de batteries, fut sans histoire.
Pendant la guerre de 14/18 il opéra en Manche à partir de Brest. Dans un rapport
du 18 mai 1918, le contre-amiral commandant supérieur des divisions de Bretagne
appréciait ses qualités particulières qui en font un sous-marin extrêmement
silencieux. Il semble que ces qualités sont dues à un lignage parfait des arbres
d'hélices.
Désarmé peu après la fin de la guerre, le Nivôse fut condamné le 17 juillet
1921 et vendu à la démolition à M. Courson, à Cherbourg, pour la somme de 30
365 francs.
Au printemps 1940,
il y avait au secteur du Havre un dragueur auxiliaire AD61, chalutier
réquisitionné, du nom de Nivôse II. Il participa à l'évacuation de la Poche
de Dunkerque. Le 28 mai, il partait de Saint-Valéry sur Somme en compagnie du
torpilleur Bouclier, pour Douvres. Le 1er juin il repartait pour Dunkerque et
Malo-les-Bains, touchait Ramsgate le 4 juin et se retrouvait le 8 à Saint-Valéry.
Après un mouvement sur Cherbourg, il se présentait à Cowes le 11 juin.
C'est là qu'il fut saisi par les Anglais le 3 juillet à 5 heures du matin.
Bâtiment auxiliaire,
nous ne retiendrons pas ce chalutier-dragueur dans notre liste et nous prendrons
comme troisième Nivôse un pétrolier (1931/34-1943) construit à Hambourg
aux Chantiers Deutsch Welft.
Mis sur cale en 1930, lancé en 1931, acheté par la marine en 1934, il présentait
les caractéristiques suivantes :
Déplacement
lège : 8500 tx ;
Longueur : 147 m ;
Tirant d'eau (p.c.) : 11 m ;
Propulsion : 1 machine alternative, 3 chaudières, 3400 ch, 1 hélice ;
Vitesse : 11 nœuds ;
Cargaison : 14000 tonnes ;
Armement : 2 affûts simples de 100 AA ; 2 affûts doubles de 37 AA ; 2
mitrailleuses de 8 mm.
Aussitôt en service,
le Nivôse effectue des rotations de ravitaillement. Peu avant le début de la
guerre 39/45, parti de Brest le 1er juillet 1939, il va charger à Abadan, décharge
à Diego-Suarez entre le 14 et le 28 août ; repasse à Adaban, stationne à Beyrouth
du 26 septembre au 9 octobre, dessert ensuite Bizerte le 26 octobre, Casablanca
le 1er novembre, Dakar le 8 et enfin Fort-de-France le 19. Il rentre à Toulon
le 24 décembre.
En 1940, il effectue deux nouvelles rotations sur Adaban (janvier/mars et avril/mai)
au retour desquelles il dessert Bizerte, Oran, Toulon, Alger d'où il appareille
à nouveau le 31 mai pour toucher encore une fois Adaban, avant d'aller ravitailler
Diego Suarez où il arrive le 8 juillet. Le Nivôse va rester là jusqu'au 1er
avril 1941, d'abord indisponible, puis désarmé.
Le 12 août 1941, et sans avoir pu passer au bassin trop court pour l'accueillir,
il réarme sous le commandement du capitaine de corvette Costagliola. Ayant reçu
la mission d'aller prendre à Saïgon un chargement de 14 000 tonnes de mazout,
le Nivôse, placé avec l'aviso Amiral Charner en escorte d'un convoi de huit
paquebots et cargos, appareillait le 12 octobre à destination de l'Indochine.
Le 2 novembre, tout le convoi, qui avait pénétré en Mer de Chine par le détroit
de la Sonde, se présentait au Cap Saint Jacques puis remontait la rivière Saïgon.
Le Nivôse aurait dû repartir immédiatement. Mais l'état de sa coque et de ses
chaudières devait modifier les prévisions. Il fallait passer au bassin et retuber
deux chaudières avec des tubes attendus du Japon. Puis le 7 décembre survenait
Pearl Harbor et le Japon bloquait les côtes d'Indochine. Tant et si bien que
ce n'est que le 1er juin 1942 que escorté par l'Amiral Charner, le Nivôse, muni
de trois mois de vivres, put appareiller du Nha Bê pour rallier Dakar par le
Pacifiq ue Sud et le détroit de Drake.
Le 6 juin, à la sortie du détroit de la Sonde, le Nivôse est soumis, par méprise,
à l'attaque de 6 avions japonais (3 bombardiers, 3 torpilleurs). Le 15 juin,
cap au sud vers un point situé à 600 nautiques de la pointe sud-ouest de l'Australie,
dans une grosse mer de Suroît, il se séparait de l'Amiral Charner qui rentrait
sur Saïgon porteur d'un message ainsi conçu : " Vitesse moyenne 10.5 nds ; Nivôse
sera au rendez-vous Atlantique 29 juillet midi ".
Passé au sud de la Nouvelle Zélande (entre les îles Campbell et Macquarie) après
dix jours de brume, naviguant ensuite entre les 55ème et 60ème parallèles Sud,
le Nivôse faisait route vers un point situé à 150 miles dans le sud du cap Horn.
Il y parvenait le 15 juillet (45ème jour de mer) après avoir, huit jours auparavant,
subi les rigueurs d'un cyclone qui le fit rencontrer des creux de 17 mètres
pendant seize heures. Une fois pénétré en Atlantique, le Nivôse doublait les
Falkland par l'ouest et, après soixante jours de mer, se présentait à la date
et à l'heure annoncées dans son message du 15 juin ( à 1 heure près : 11 heures
au lieu de midi !) au point 24°W - 13°S où l'attendait le croiseur auxiliaire
Quercy et le sous-marin Sidi-Ferruch pour l'escorter jusqu'à Dakar. Il
fit son entrée dans ce port le 5 août 1942 à 8 heures en
arborant une flamme de guerre de 40 mètres de long (40 mois de campagne
dans les Trois Océans).
Le CC Costagliola
notait dans son récit "De Dakar à Dakar par les Trois Caps
ou la merveilleuse aventure du Nivôse, pétrolier cap-hornier d'un
jour" : "Le voyage avait duré exactement 67 jours dont 60
entre ciel et eau, hors de vue de toutes terres, sans rencontrer le moindre
bâtiment (ce qui fit dire avec humour à un général
écossais qui me recevait quelque part avec des officiers britanniques
de la Royal Navy : Tiens, tiens ! Je croyais qu'on ne pouvait pas faire un mille
sur les mers sans rencontrer un bâtiment anglais !". La distance
parcourue était de 15 888 miles nautiques."
Le Nivôse
passa la fin de l'année 1942 en AOF. Mis en route de Dakar vers Casablanca
le 13 janvier 1943 dans le convoi D64 (4 paquebots, 2 pétroliers dont
lui) sous l'escorte du Dumont d'Urville et de cinq autre bâtiments, il
arriva à Casablanca le 22 janvier. Il en repartait un mois plus tard
pour entrer en carénage à Baltimore le 16 mars pour trois mois.
Après une escale à Norfolk du 16 au 26 juin, il revenait à
Casablanca le 18 juillet pour reprendre les missions dévolues alors aux
pétroliers de son type.
C'est ainsi que, parti de Casablanca le 8 novembre 1943pour se rendre à
Alger, il avait été incorporé à Gibraltar le 10
novembre dans un convoi de 70 bâtiments disposés, une fois en route,
sur 13 colonnes. Le 11 novembre au coucher du soleil, à 23 miles dans
le 035 du cap Carbon, le convoi est pris à partie par l'aviation allemande
: seize DO 217 du 9ème groupe de la 100ème escadre de bombardement,
vingt-trois Heinkel 111 du 1er groupe de la 26ème escadre et dix-sept
JU 88 du 3ème groupe de cette même escadre. A 18h45, 48 avions
attaquent. Sept n'en reviendront pas.
A 18h25 le Nivôse est encadré de trois bombes. A 18h30 il est mitraillé
sur son arrière tandis qu'un Liberty ship voisin explose et coule. A
18h45 il est lui-même atteint par une torpille à tribord arrière.
A 19h10, le Nivôse s'enfonce verticalement par l'arrière. A 19h13
il aura disparu. Tout l'équipage, recueilli par un dragueur anglais et
les corvettes HMS Unst et HMS Oxlip, sera sauvé.
(d'après
la revue Marine n°153 octobre 1991)