L'insigne de bras des équipages de la Flotte
1. Historique
1.1. Les origines
Le 28 juillet 1879, le bulletin officiel de la Marine publie sous la signature de l'amiral JAUREGUIBERRY, ministre de la Marine, une circulaire ainsi rédigée :
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"Messieurs, |
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Jusqu'à
cette date, en dehors des insignes de grade, l'uniforme des marins ne comportait
que deux ancres en drap écarlate portées de chaque côté du collet des paletots
et cabans.
Rien dans la circulaire de 1879 ne vient expliquer les raisons qui ont conduit
à adopter une distinction pour les hommes au service de l'Etat. Le décret
du 05 juin 1883 (article 510) portant réorganisation du corps des équipages
de la flotte vient cependant confirmer que cet insigne constitue bien celui
des quartiers-maîtres et marins en activité de service.
De façon plus précise, une circulaire du 10 octobre 1888 traitant "de la
question de savoir, ce qui caractérise, au point de vue juridique..." le port
illégal d'uniforme, dispose que "le vêtement dépourvu de la marque distinctive
n'est plus un effet d'uniforme dans le sens pénal du mot".
Les ancres croisées enlevées lors du congédiement sont toutefois remises aux intéressés qui doivent " les rapporter en cas de convocation pour exercices ou de mobilisation " (circulaire du 10 octobre 1888 citée supra).
1.2. L'évolution
Au fil des ans la chemise en molleton va se transformer pour devenir vareuse bleue. L'insigne n'est pas pour autant modifié, ni dans sa forme, ni dans sa confection, ni dans son emplacement. Découpé à l'emporte pièce dans un drap écarlate, l'insigne doit être posé de telle sorte que le sommet des ancres soit à 18 centimètres en dessous de la couture d'emmanchure
Durant
la deuxième guerre mondiale les deux ancres croisées sont portées par tous
les marins. Toutefois selon le lieu de service les insignes peuvent être de
fabrication française mais aussi étrangère, britannique ou américaine. Il
y en eut même de confectionnés à Saint Pierre et Miquelon.
Ces nouvelles fabrications marquent une rupture par rapport au modèle habituel
puisqu'elles sont généralement brodées en fil rouge.
En 1945, lorsque la guerre prend fin, la liste des prix des articles d'habillement
publiée au bulletin officiel de la marine fait pour la dernière fois mention
d'ancres croisées en drap écarlate. A partir de 1946 la fabrication brodée
devient seule réglementaire et le demeure jusqu'à nos jours.
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Quartier-maître HUBERT Maurice, du croiseur GEORGES LEYGUES photographié à la fin de la 2ème guerre mondiale. Il porte les ancres du modèle brodé apparu durant le conflit. Source : M. D HUBERT, fils de l'intéressé.
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Actuellement
les spécifications techniques ayant trait à la confection des insignes pour
manche de vareuse sont fixées par la notice technique n° 8455-1002 de novembre
1981 du service technique du commissariat de la Marine.
L'insigne est confectionné en fil de rayonne rouge et ses dimensions doivent
être conforme à celle données par le dessin figurant en annexe de la notice.
![]() Descriptif technique de confection de l'insigne pour manche de vareuse |
2.- L'extension du port de l'insigne aux deux ancres croisées
Cent vingt ans après sa création, l'insigne aux deux ancres croisées est toujours présent sur la manche droite des vareuses des quartiers-maîtres et matelots. Bien peu de gens connaissent encore son origine et sa signification exacte. Durant cette déjà longue existence, il a cependant été porté sur d'autres effets et certaines de ces utilisations, non prévues initialement, durent encore.
2.1. Par les aumôniers
Le
2 août 1914 la France entre dans la guerre. Dès le 7 du même mois un décret,
se référant au décret du 6 février 1907 supprimant le corps des aumôniers
de la Marine, met en place pour la durée de la guerre, un service d'aumôniers
temporaires (sic) sur les bâtiments de la flotte.
Ces aumôniers temporaires "portent le costume du clergé séculier et, au
bras gauche, comme insigne distinctif, deux ancres croisées, en drap écarlate
du modèle réglementaire pour les marins".
Le décret d'août 1914 ne semble pas avoir été abrogé à la fin de la guerre. Ce n'est qu'en 1936 qu'une instruction (3 avril) fait à nouveau mention du fait qu'en "cas de mobilisation des ministres des différents cultes sont attachés, en qualité d'aumôniers" aux formations de la Marine. Comme signe distinctif ces aumôniers doivent désormais porter "sur le bras gauche et sur le vêtement extérieur un brassard portant le signe de la convention de Genève".
2.2. Sur la chemisette pour pays chauds
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En
1929, la circulaire du 08 mai marque l'aboutissement des essais entrepris
dans les forces navales d'Extrême-Orient en vue de donner au personnel
une tenue mieux adaptée aux conditions climatiques locales. La tenue
spéciale pour pays très chauds créée par cette circulaire comporte
une chemisette en tissu blanc de coton fin et un pantalon en toile
blanche. Ce mode de fixation ne donne manifestement pas satisfaction et une première modification intervient rapidement. Les ancres croisées en drap écarlate seront désormais cousues sur un rectangle amovible de toile s'agrafant au vêtement sur le côté gauche de la poitrine. Enfin le 21 novembre 1936 les deux ancres croisées sont supprimées des chemisettes pour pays très chauds et remplacées par une ancre simple et encadrée, en ganse bleue, cousue directement sur la chemisette au moment de la confection. |
![]() Vers 1935, les ancres croisées en drap écarlate sont portées cousues sur un rectangle de toile sur les chemisettes spéciales pour pays chauds (chemisettes blanches). |
2.3. Par les personnels féminins
Faisant
suite aux sections féminines de la marine, les services féminins de la flotte
voient le jour en septembre 1943. Une note du 28 novembre 1943 fixe l'uniforme
de ces personnels. Par analogie avec leurs camarades masculins, les personnels
des services féminins de la flotte vont aussi porter deux ancres croisées.
Toutefois ces deux ancres seront bleu clair au lieu de rouge.
L'arrêté du 8 mars 1944 fait encore état de deux ancres croisées en drap bleu
clair mais portées désormais sur le bras gauche.
Le 30 octobre 1954 la création du corps particulier des personnels féminins de l'armée de mer (P.F.A.M.) entraîne l'adoption d'un insigne spécifique qui n'est pas sans rappeler celui initialement adopté. Les matelots féminins portent en effet sur le haut du bras gauche deux ancres simples croisées de 30 mm mais inscrites dans un cercle de 35 mm. Le tout est brodé en fil bleu clair sur fond de drap bleu marine.
La
disparition du corps des P.F.A.M. et l'intégration des personnels féminins
au sein du corps des équipages de la flotte aurait du logiquement conduire
à faire porter par les quartiers-maîtres et matelots féminins, le même insigne
que leurs camarades masculins.
Personne ne semble avoir envisagé cette possibilité. Il est même plus que
probable qu'elle n'a pas même pas été évoquée et le personnel féminin ne porte
pas d'autre insigne de bras que l'insigne marquant la spécialité à laquelle
il appartient.
2.4. Sur les effets de combat.
Entre 1940 et 1945 les marins vont à nouveau être amenés à combattre non plus
exclusivement sur mer mais également au sein de grandes unités terrestres.
Ainsi furent crées, au sein des forces navales françaises libres, les bataillons
de fusiliers-marins, puis à partir de 1943 le premier régiment de fusiliers-marins
et le régiment blindé de fusiliers-marins.
Faute de disposer de tenues adaptées au combat terrestre, les personnels de
ces unités vont recevoir un paquetage du modèle américain.
L'appartenance à la marine reste alors matérialisée par les coiffures (casquette
pour les officiers et officiers mariniers, bonnet pour les marins), les insignes
de grade et les deux ancres croisées rouges portées sur le haut du bras gauche.
![]() 2005 : port des ancres croisées sur les tenues de combat des fusiliers marins. |
La
seconde guerre mondiale à peine terminée, les unités de la marine sont engagées
dans les conflits d'outre mer au sein des compagnies de débarquement, des
flottilles amphibies ou des unités de fusiliers-marins et fusiliers-marins
commandos.
Les effets qui équipent les personnels de ces unités vont être des effets
de type "guerre" :
- casque et guêtres ;
- capote d'infanterie type armée ;
- battle dress ou combinaison en toile kaki ;
- brodequins cloutés.
Sur des effets aussi peu "maritimes", c'est à nouveau l'insigne aux deux ancres croisées qui va marquer que ces fantassins sont en fait des marins.
Au retour en métropole, l'usage demeure. La décision n° 645 EMM/CAB du 13 octobre 1982 relative à la valorisation des unités de fusiliers-marins (compagnies et sections) prescrit le port, sur la manche gauche de la veste de combat, de l'insigne brodé aux deux ancres croisées tandis qu'une vignette portant la mention "FUSILIERS MARINS" est cousue à la naissance de ce même bras.
A
priori seuls les fusiliers-marins sont concernés par ce texte. En fait l'instruction
n° 46 COFUSCO/ADG du 23 octobre 1998 prescrit le port de l'insigne de manche
pour tous les personnels fusiliers-marins et commandos marine.
L'insigne est porté sur les tenues de combat (veste ou chemise en toile vert
armée ou camouflée) mais uniquement pour les cérémonies (tenue 5F BIS), le
travail ou le service (tenues 6F, 6F BIS ou sa variante pour l'outre mer 6F
BIS OM). Il est cousu à dix centimètres de l'emmanchement du bras gauche sous
la vignette COMMANDOS ou FUSILIERS MARINS.
CRC1 (R) S. Le Coustour pour Net-Marine © 01/2006. Pour copie et usage : cf. droits d'utilisation