Les tactiques classiques de guerre électronique

Les différentes tactiques de guerre électronique (GE) se distinguent par la phase du processus d'attaque qu'elles cherchent à perturber :


En créant de nombreux faux échos autour du bâtiment par des leurres crédibles, on rend plus ardu le choix de la cible par l'organe de DO de l'adversaire. C'est la dilution.
Avant le tir du missile : Confusion et dilution

Le système adverse met en oeuvre ses systèmes de surveillance et/ou d'acquisition de cible pour planifier son engagement et préparer le tir d'un ou plusieurs missiles en déterminant les cibles à détruire (établissement d'une Désignation d'Objectif : DO).


La dilution par brouillage est également possible, soit par de faux échos (mode répéteur ou répondeur), soit par brouillage à bruit de forte puissance.

Le système GE du bord pourra agir par une tactique de confusion. Il créera une ou plusieurs fausses cibles à grande distance (une dizaine de kilomètres) sur le radar de DO ou de surveillance adverse pour provoquer chez lui une réaction.
Se croyant menacé par un navire rentrant dans son "sanctuaire" (zone interdite par l'adversaire sous peine de représailles), il pourra tirer un missile sur cette fausse cible, dévoilant ainsi sa position, sa nature belliqueuse, le type de missile dont il dispose...

Le système GE pourra également créer un grand nombre de faux échos grâce à des leurres ou du brouillage, afin d'empêcher une désignation d'objectif précise par l'adversaire. C'est la dilution leurre ou la dilution brouillage.

Avant l'activation de l'autodirecteur : La distraction

 


La distraction propose des fausses cibles crédibles â l'autodirecteur avant le début de son activation. Cela augmente ses possibilités de choix et donc la probabilité qu'il choisisse un leurre plutôt que le bâtiment.

Les adversaires nous ont identifiés et ont lancé un missile anti-navires vers notre bâtiment. Ce missile a été détecté par les radars du bord mais son autodirecteur ne s'est pas encore activé.

On ne sait donc pas encore quel type de guidage terminal il utilisera (radar actif, infrarouge, antiradar ... ). Le seul moyen d'action pour la GE à ce stade de l'engagement est d'envoyer "en préventif " des leurres électromagnétiques et infrarouges.

La menace connaît approximativement notre position car elle lui a été donnée par l'organe de désignation d'objectif. On ne peut donc pas lancer les leurres trop loin sous peine de les voir dépoter en dehors de la zone de recherche de l'autodirecteur du missile assaillant.

En plaçant les leurres à moyenne distance du bâtiment (inférieure à 3 km), on diminue la probabilité d'accroche de l'autodirecteur sur le bâtiment. C'est la distraction.

Au moment de l'activation de l'autodirecteur : La séduction flash

 


La séduction réflexe opère un brouillage combiné avec le placement de plusieurs leurres.

Dans cette phase, l'autodirecteur vient de s'allumer et commence sa phase de recherche. Une action combinée rapide de brouillage et de leurrage vise à empêcher l'accrochage sur le bâtiment.

C'est la séduction flash ou dissimulation.

Le déclenchement du brouillage s'effectue dès l'activation de l'autodirecteur, sur réaction "flash" du détecteur associé au brouilleur.
L'autodirecteur adverse, aveuglé, passe soit en mode "poursuite brouilleur" s'il en dispose (il poursuit alors le brouilleur avec la seule information distance : en vol rasant, il est donc toujours très menaçant), soit repart en recherche sans ordres de guidage.

Pendant ce temps de brouillage (quelques secondes), des leurres à courte portée (inférieure à 3 km) sont mis en place. Dès qu'ils sont placés et développés, le brouillage s'arrête. L'autodirecteur essaye alors de récupérer l'information distance en repartant en recherche. Il a alors toutes les chances d'accrocher un des leurres.

Après l'accrochage de l'AD : Séduction arrachement et centroïde

 


Tactique de la dernière chance, le bateau, à la manière du toréador, écarte la poursuite du missile au dernier moment en l'attirant sur une cible placée à proximité immédiate .

Dans cette phase, l'autodirecteur du missile a trouvé le bateau et s'est accroché dessus.

Il faut donc un moyen GE pour le faire décrocher et l'amener sur une fausse cible. Le système GE peut procéder par un brouillage à vol de fenêtre. Par un écho répondeur ou répéteur, le brouilleur entraîne la fenêtre de télémétrie du missile vers un leurre. C'est la séduction arrachement.

Dans les derniers kilomètres de vol missile, soit quelques secondes avant l'impact, le système GE peut encore déployer une tactique de la dernière chance : la séduction centroïde, qui est très efficace pour les petits bâtiments ou pour les bâtiments dont la signature radar (SER) est faible par conception (exemple : frégate La Fayette).
Le but de cette technique est de transférer progressivement la poursuite angulaire de l'autodirecteur du missile sur une fausse cible. Le leurre est tiré immédiatement à côté du bâtiment, et s'en écarte sous l'effet du vent relatif .

Le leurre actif décalé

Tir de leurre actif décalé Nulka (© RAN) .

Le problème du brouilleur de bord est que, justement, il est installé à bord du navire !

Il n'est donc pas aisé de générer un brouillage angulaire sur un autodirecteur de missile assaillant.
Les autodirecteurs étant pour la plupart équipés de fonctions de poursuite sur brouilleur (guidage angulaire sur les émissions du brouilleur), l'utilisation du brouillage seul sans mise en place de leurres de substitution est utopique.

Une solution est de déporter le brouilleur pour générer de faux échos crédibles éloignés du bâtiment. C'est le mode d'action du Leurre Actif Décalé (LAD). Ce type de leurre est particulièrement efficace contre tout type d'autodirecteur radar actif ou passif (ARM).
La sustentation est assurée par un système sous parachute ou une roquette auto-stabilisée (solution adoptée sur le programme australo-américain Nulka et par le programme franco-anglais Siren).

Pour en savoir plus :
Une histoire de la guerre électronique navale
Les systèmes de guerre électronique
Invisible aux radars ? Les SER et SIR
Les missiles anti-navires dans le monde
Sites à visiter :
Thales Group.
Institution of Electrical Engineers (UK)

(Jean-Michel Roche pour Net-Marine - Toute documention de sources publiques -De beaux dessins mais un auteur inconnu (quelqu'un pour m'aider?) - © Net-Marine 2003)


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